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Édito du numéro 40, actuellement en kiosques

Sans doute, en regardant des photos de quatrième de couverture du Postillon, vous-êtes vous déjà demandé : « pourquoi ? ». Nous-mêmes n’avons pas souvent la réponse. Cette fois, on a quelques éléments d’explication à propos du panneau planté dans les boues du Drac, sur lequel il est écrit « Tous ensemble avec la mairie pour lutter contre l’affichage sauvage ».
Au conseil municipal du 19 décembre 2016, les élus grenoblois ont voté une délibération pour engager une transition vers une ville sans affiches sauvages. Dorénavant, la ville pourra « facturer les frais de suppression » des affiches ou autocollants à « la personne qui a apposé ou fait apposer la publicité, et si elle n’est pas connue, aux frais de la personne pour laquelle la publicité a été réalisée ». Montant de l’amende : 40 euros par affiche collée, 20 euros par affiche scotchée et 30 euros par autocollant.
Fin février, on a reçu un coup de fil du service voirie de la mairie pour nous signaler l’existence de cette délibération, nous adresser un « dernier avertissement à l’amiable » et nous assurer que les premières amendes tomberont sous peu. Depuis d’autres structures ont été contactées : la ville a même menacé d’amendes l’union de quartier Berriat-Saint-Bruno, après qu’elle a scotché des affiches sur les portes des immeubles pour annoncer une réunion avec les élus. Remarquons l’absence de discrimination dans la délibération votée : elle promet de sanctionner pareillement des grosses structures commerciales organisatrices de concerts, des petites associations sans but lucratif comme la nôtre, et des unions de quartier s’activant pour le dialogue élus-habitants.
Pour justifier cet élan répressif, les élus verts & rouges affirment dans cette délibération que «  les tags, graffitis, autocollants et affiches polluent quotidiennement l’environnement urbain ». Dans le même temps, la ville subventionne grassement (25 000 euros en 2016, somme inconnue cette année) le «  street art festival » organisé au mois de juin. Certains « tags et graffitis » sont donc vivement encouragés, notamment s’ils sont produits contre rémunération par des têtes d’affiches venant de l’autre bout du monde. L’affichage réalisé avec le cœur et les tripes de bénévoles se démenant pour faire vivre leur association est par contre puni. Est-ce une question d’esthétique ? À voir : si on reconnaît que toutes nos affiches ne sont pas superbement belles, certaines œuvres du Street Art Festival sont remarquablement moches.
Dans ces temps politiquement troublés, tout sondage ou prévision est forcément un peu foireux. Mais on veut bien parier que si des amendes viennent à tomber sur des associations avant le Street Art Fest du mois de juin, quelques « performances » viendront un peu égayer ce festival branché.
Ok, d’accord, mais sinon comment comprendre le reste de la photo de quatrième de couverture ?