Accueil > Été 2011 / N°11

Une ville unique de Genève à Valence

La métropole trace son sillon

De tout temps, les chefs de guerre ont eu pour principale ambition de diriger un maximum de soldats, pour d’évidentes raisons de supériorité numérique de «  chair à canons  ». Aujourd’hui où la guerre est devenue économique (en Occident du moins), et où baïonnettes et bunkers ont été troqués contre éprouvettes et «  World Trade Center  », les dirigeants cherchent toujours à voir grossir la masse de leurs administrés pour pouvoir «  peser  » au niveau international, et pour la santé de leurs égos. La compétitivité d’un territoire se mesure alors au nombre de ses habitants et à l’étendue de ses constructions. C’est cette logique qui amène les élus du Sillon alpin à vouloir construire un «  pôle métropolitain  », c’est-à-dire une ville unique de Genève à Valence.
Après s’être incrusté à une conférence de presse, notre envoyé spécial nous dresse un état des lieux de l’avancement de ce projet.

«  Je me souviens de cette vision en plongée qu’on avait de Grenoble, depuis le haut de la Bastille, ou mieux, depuis le balcon du Saint-Eynard une demi-lune grise flottant dans une étincelante mer verte qui battait le flanc des collines. Quarante ans plus tard le gris a tout mangé, la cuvette de Grenoble est une cuvette d’eau sale.  » Jean-Pierre Andrevon, « Je me souviens de Grenoble », Éditions Curandera, 1993.

Toi qui viens de te procurer cette feuille de chou, tu le sais sans doute déjà : Le Postillon n’est pas un vrai journal, et donc, nous qui le faisons vivre, pas de vrais journalistes. Nous n’avons ni le talent de ceux du Daubé, ni la verve des plumes de 20 minutes, ni l’opiniâtreté de Chrys de «  Greblog MonGrenoble  », ni la pertinence des reporters des Affiches de Grenoble, ni la présence d’esprit des chroniqueurs de «  Télégrenoble  », etc. Pour toutes ces raisons – et surtout quelques autres -, nous ne sommes jamais invités aux nombreuses conférences de presse qui parsèment la vie de l’agglomération grenobloise. «  Tant mieux pour vous », nous diras-tu en songeant à l’ennui de ces séances de communication stalinienne. Et tu n’auras pas tort. Mais, aussi pénibles soient-elles, certaines d’entre elles valent quand même le coup car instructives.
Par exemple, le 11 avril dernier, la Métro, communauté de communes autour de Grenoble, conviait l’ensemble des journalistes locaux à la «  conférence du Sillon alpin ». On n’était pas censé le savoir mais une bonne âme a eu l’idée brillante de nous transmettre l’invitation. Alors un de nos envoyés spéciaux s’y est rendu pour, comme on dit chez les jeunes, «  s’incruster  ».
L’essentiel de ce qui suit est issu de ce moment. Normalement tu n’aurais pas pu le lire. Parce qu’il s’agit d’informations secrètes ou hautement «  sensibles  » ? Même pas. L’idée du Sillon alpin fait pour l’instant quasi-consensus (1) et n’est pas source de conflits politiques. Car ses promoteurs font comme s’il n’y avait pas de débat possible autour de ce projet et masquent l’enjeu véritable : construire une ville unique de 200 kilomètres de long, qui irait de Genève à Valence, en englobant Annecy, Chambéry et Grenoble.

Passons rapidement sur les détails de la conférence de presse, l’attachée de presse de la Métro qui s’étonne de notre présence, l’humour moisi d’Untel, et la cravate audacieuse d’Unautretel. Étaient présents, outre une dizaine de gratte-papiers et de porte-caméras, les maires des grandes villes concernées (citées trois lignes au-dessus, hormis Genève) ainsi que ceux de Voiron, Aix-les-Bains, Annemasse et les présidents des communautés de communes autour de ces villes. Le but de la conférence : annoncer que le Sillon Alpin va bientôt devenir un «  pôle métropolitain  ». C’est nouveau, ça vient de sortir dans la cuvée 2010 de la fameuse et austère «  réforme des collectivités territoriales ». Mais qu’est-ce donc ? «  Le pôle métropolitain est un syndicat mixte destiné à favoriser la coopération entre grandes agglomérations proches, situées au sein de grandes régions urbaines complexes ou de «  corridors  » de développement ». Hum.
À ce stade de notre récit, un petit retour en arrière s’impose. Car si le pôle métropolitain est un «  machin  » nouveau, l’idée du Sillon Alpin chemine depuis un moment déjà. Depuis 2000, les conseils généraux de la Savoie, Haute-Savoie, Isère (puis Drôme, en 2005) se réunissent régulièrement afin de travailler à une «  coopération métropolitaine  ». Une de ces réunions, en 2004, avait donné l’occasion à Jean Therme, le visionnaire président du CEA-Grenoble (Commissariat à l’énergie atomique) de prononcer la plus célèbre de ses citations : «  Les métropoles économiques à grands potentiels de développement sont repérées de nuit par les investisseurs, grâce aux images fournies par les satellites, sinon en vue directe, depuis un avion. Plus ces villes sont lumineuses, éclairées, plus ils sont intéressés  ! Lorsque le ruban technologique de l’arc alpin, entre ses barycentres constitués par Genève et Grenoble, s’illuminera d’une manière continue, lorsque les pointillés des pôles de compétence comme les biotechnologies de Lausanne, la physique et l’informatique du CERN à Genève, la mécatronique d’Annecy, l’énergie solaire de Chambéry et les nanotechnologies de Grenoble, ne formeront plus qu’une longue colonne vertébrale, nous aurons gagné  » (Le Daubé, 22/10/2004).

On le voit, certains ont des idées lumineuses. Le problème, c’est que pour l’instant, elles n’ont pas été entièrement concrétisées : la colonne vertébrale a encore quelques trous. La réorganisation territoriale est l’occasion de passer la seconde. Dit autrement : «  Force est de constater que cet espace collaboratif n’a pas su s’installer durablement en termes de portage politique et de réalité institutionnelle. Aussi, la loi de réforme des collectivités territoriales (RCT), qui reconnaît le processus de métropolisation et qui consacre les réseaux de villes à travers la notion de «  pôle métropolitain  », apparaît comme l’opportunité d’une relance de la collaboration intercommunautaire au sein du Sillon Alpin ». (2)
Marc Baietto, président de la Métro, pointe la haute importance du moment : «  Aujourd’hui c’est la première fois que l’ensemble des collectivités sont dans ce projet sans réticences. Formellement, elles étaient toujours assises autour de la table mais c’est la première fois que Valence dit ‘’je veux y être et j’y suis et je fais ce qu’il faut pour qu’on s’engage’’ ». Et Michel Destot, maire de Grenoble, se permet de mettre un peu de pression : «  Créer le pôle métropolitain de l’axe alpin, ça n’est pas simplement une opportunité que nous permet la loi, c’est aussi un devoir et une réalité historique et géographique dont nous sommes les héritiers. On serait irresponsable au sens premier du terme de ne pas le valoriser du point de vue politique ». Évidemment, nos ancêtres les Allobroges n’auraient pas hésité une seule seconde à agrandir leurs villages jusqu’à ce que la juxtaposition des feux sortant des chaumières ne forme plus qu’une longue colonne vertébrale très visible par les Romains.

Paroles, paroles, et paroles. Mais concrètement, que se passe-t-il ? Réponse des maires, à l’unisson : «  les transports  ». Et précision : en 2010, la ligne de train Grenoble-Valence a été refaite, cette année c’est Grenoble-Chambéry et un peu plus tard ce sera au tour de Chambéry-Annecy. Électrification, doublement des voies, liaison rapide vers la Méditerranée via le raccordement à Valence TGV, amélioration de la liaison TGV avec Paris pour mettre Grenoble à 2h35 de la capitale, etc. Le train c’est comme la mort de Ben Laden : tout le monde est pour. Comment être contre l’amélioration des transports collectifs ? C’est «  développement durable  », c’est «  Grenelle de l’environnement  », ça permet de se vanter et d’éviter de se poser les questions du pourquoi du comment : à qui profite la frime ? À Bernadette Laclais, mairesse de Chambéry ? Écoutons-la : «  Il y a quelques années, on allait travailler à Grenoble ou à Annecy, mais on allait rarement au-delà. Aujourd’hui tous nos concitoyens se déplacent énormément, on est dans une grosse société de la mobilité, les jeunes, pour un concert, vont aller jusqu’à Grenoble ou ailleurs parce qu’il y a leur artiste préféré. (...) La question la plus importante, c’est la question de la mobilité et des déplacements au sein du Sillon Alpin ».
La mobilité, voilà la nouvelle déesse de notre temps. Aujourd’hui, il est terriblement ringard d’habiter dans le quartier ou l’on travaille et de «  mondaniser  » au fameux «  bar du coin  ». Non, ce qui est chic, c’est d’avoir, comme Jean Therme, une maison sur les hauteurs de Chambéry, de travailler à Grenoble, et de monter régulièrement à Paris pour fréquenter du beau monde. L’amélioration des lignes de train profitera avant tout à ce genre de personnes, à ceux qui se déplacent tout le temps de «  réunions business  » en «  déjeuners d’affaires  », à ces patrons «  qui font leurs affaires quotidiennes dans la capitale  », qui en ont «  ras-le-bol d’arriver à Paris en même temps que les Marseillais, pourtant bien plus éloignés » et qui s’exaspèrent qu’après «  30 ans de TGV, Grenoble est encore à 3 heures de Paris  » (Le Daubé, 16/04/2011).
Bien entendu, beaucoup des usagers du train sont des «  gens normaux  », salariés, chômeurs ou vacanciers, et sont pour l’amélioration des lignes. Mais ce qu’ils demandent aujourd’hui, ce n’est pas de gagner 10 minutes entre Annecy et Grenoble, mais plutôt que cessent les dysfonctionnements croissants et l’augmentation constante du prix des billets. Là-dessus, les élus du Sillon Alpin – qui acceptent l’économie mondialisée, ses règles de rentabilité et de démantèlement du service public – semblent bien indifférents.

Gare de Grenoble, mardi, entre 7 et 8 heures. Essayer d’arrêter les voyageurs pour leur demander où ils vont, s’ils font ça tous les jours et s’ils en sont contents. Résultat : beaucoup de refus. Il faut dire que les conditions de ce micro trottoir (horaire matinal, lieu antipathique, empressement des «  cibles  ») en font un des plus durs qu’il soit (niveau 9). Parmi les quelques personnes qui nous ont répondu, beaucoup allaient à Lyon ou Chambéry, certains à Paris ou Marseille. La plupart faisaient le trajet plusieurs fois dans la semaine. Et la majorité n’éprouve aucun plaisir, voire une grande lassitude, à ces heures de déplacement. Croyez-vous que les banlieusards parisiens sont heureux de passer chaque jour des heures dans le RER ?
Lors d’une conférence sur le Sillon alpin, le 9 octobre 2009, Jacques Champ, économiste à la retraite, avait recadré ce débat : «  Si on veut une métropole, il faut envisager les infrastructures de transport différemment d’aujourd’hui où on est avec 4 technopoles. Entre Genève et Grenoble, la densité dans 20 ou 30 ans sera telle qu’il s’agit de parler de transports urbains  » (voir Le Postillon n°3).

Tu t’en doutes, le but de tout ça, de ces réunions, de ces lignes de train et de ce futur «  pôle métropolitain  » n’est pas simplement d’amuser une petite brochette de «  journalistes  » locaux. Il s’agit bien, comme le souhaite Jean Therme, d’attirer les investisseurs, c’est-à-dire de «  rendre les villes plus lumineuses  » et de concurrencer le pôle en train de se former autour de Lyon, Saint-Étienne et le Nord-Isère. Dit autrement, par Destot : «  Ce que nous mettons en place est une dynamique, une logique, pour éviter que chacun sur son territoire se recroqueville sur lui-même. Nous avons une identité qui est une identité démographique à l’échelle de plus de millions d’habitants, qui pèsera lourd. Ça pèsera plus lourd que Lyon et Saint-Étienne y compris du point de vue démographique et économique. Et ça pèsera lourd non seulement en Rhône-Alpes, mais aussi au niveau français et au niveau européen. On n’a pas d’autres endroits, citez moi un seul exemple, qui pèse aussi lourd que le Sillon Alpin du point de vue de ses atouts, du point de vue de sa richesse économique et humaine. Ce n’est pas une possibilité, c’est un devoir que nous avons, de le faire, de le réussir  ».
Pour peser dans la compétition internationale, il faut non seulement un égo comme celui de Destot – très lourd – mais aussi un nombre d’habitants important. Depuis 1975, la population du Sillon Alpin augmente de 15 000 personnes par an. À ce rythme-là, ça fait 300 000 personnes en plus dans 20 ans entre Genève et Valence, soit deux villes comme Grenoble. Pas assez pour les élus, qui veulent encore «  booster l’attractivité  ».

Et pour enrober le tout, tu prendras bien un peu de culture   ? Toujours Destot : «  Ça a toujours été un de mes rêves, à propos des grands établissements quand on voit la réalité du théâtre de Genève, l’espace Malraux de Chambéry, le centre Bonlieu à Annecy et la MC2 de Grenoble… on s’aperçoit que si on ne prend pas la voie de la mutualisation, on se privera de lyrique et de grandes expositions parce que tout le monde ne peut pas se les payer y compris la plus grande ville qu’est Grenoble. Il est évident que ce n’est pas parce qu’à Grenoble, pour les musiciens du Louvre, on a pris un des plus célèbres citoyens de Genève pour présider [NDR : Pascal Lamy, président de la très libérale Organisation mondiale du commerce], qu’on a résolu le problème. On aura résolu le problème que si on est capable de faire du lyrique dans nos villes et qu’on est capable de se le payer soi-même. Et c’est en se mettant ensemble qu’on pourra se le payer ». L’intérêt de devenir une mégalopole : se payer «  du lyrique  » ou des «  grandes expositions  ». Et les petites structures, la culture pour tous, les MJC, les petites initiatives de quartier  ? Pas important. Pas assez valorisable sur une plaquette de communication.

Et pour enrober le tout, tu prendras bien un peu de montagne  ? Avoue-le, c’est quand même dommage de laisser les combes et sommets, territoires désespérément non-productifs, à l’écart de la compétition internationale. Alors les élus du Sillon Alpin envisagent «  de déployer un “pôle de compétitivité montagne” (en prolongement du “Labex Innovation et territoires de montagne”)  ».

  • Et la gouvernance ? - Et la gouvernance ? demandent en chœur les journalistes, tous excités par ces grandes annonces. Réponse floue de Baietto, patron de la Métro : «  Ce ne sera pas une grosse machine supplémentaire. Nous travaillons en utilisant nos ressources propres. Nous avons mandaté nos directeurs généraux pour qu’ils nous fassent des propositions au mois de septembre et là on verra la forme que nous prenons. On s’inscrit à l’évidence dans le cadre de la loi et dans la création d’un pôle métropolitain. Après, comment tout ça va se décliner - association, pôle métropolitain - on ne sait pas ». Ce qui semble certain c’est que «  La Métro, collectivité référente, ayant seule aujourd’hui la taille pour fonder le pôle, pourrait assurer le pilotage global de la démarche ». La Métro  ? Justement parlons-en. À la faveur de la réorganisation territoriale, la « communauté de communes » veut devenir une «  communauté urbaine  », avec la noble intention de pomper plus d’argent à l’État. Problème : la Métro compte pour l’instant 404 000 habitants et il en faut 450 000. Aïe. Comment faire ? Le préfet de l’Isère, Éric Le Douaron a la réponse : englober les communes environnantes dans La Métro. Mais là ça ne passe pas : «  Le Vercors dit ‘‘non à la «  mammouthisation’’  » ! (Le Daubé, 16/04/2011). «  Froges : le projet de La Métro inquiète  » (Le Daubé, 22/04/2011). «  Clelles/Trièves : Le scot inquiète la population. Les élus du Trièves, comme les habitants, craignent que La Métro cherche à exercer une sorte de mainmise sur la région » (Le Daubé, 22/04/2011). «  Le transfert de compétences, notamment de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire, à cette communauté urbaine Grenoble Alpes Métropole, orientée principalement sur le développement urbain est en opposition avec les axes de développement édictés dans la charte du parc » (Association Crea – Le Sappey en Chartreuse, lettre du 02/05/2011). Mais pourquoi les habitants et élus de ces petits villages ont-ils peur ? Ça ne les fait pas rêver, d’être intégrés à une grande métropole ? N’ont-ils rien compris ? Baietto : «  Ce n’est pas parce que je suis président de La Métro et de l’EPI Scot que je vais me servir de ce dernier pour intégrer le Trièves dans La Métro. Ce ne sont que pures balivernes. L’avenir du Trièves n’est pas de devenir la grande banlieue de Grenoble  » (Le Daubé, 22/04/2011). Comme tout bon politicien, Baietto ne ment jamais. Alors comment ne pas le croire ?

Pour fêter la création du pôle métropolitain du Sillon alpin, ses promoteurs ont vu les choses en grand. Du 6 au 10 novembre 2011, Grenoble accueillera, en partenariat avec Lyon, la 35ème édition du «  Congrès mondial du développement urbain  », organisé par l’INTA (association internationale du développement urbain). Au programme : des conférences, des «  plénières  », des débats publics. Avec les habitants, pour savoir s’ils veulent – ou pas – de ce «  développement urbain  » ? Non, rassurez-vous : «  Cet événement international rassemblera plus de 500 décideurs et praticiens publics et privés ». De toute façon le titre de ce 35ème congrès est on ne peut plus obscur : «  Exit, Voice, Loyalty. Alliances et politiques de voisinage entre métropoles régionales  ». La première partie «  Exit, Voice, Loyalty  » fait référence au titre d’un ouvrage d’Albert Hirschman, économiste américain, où il exposait les différents choix d’un consommateur mécontent : la réaction silencieuse et le départ vers une autre marque (exit), la protestation et prise de parole (voice) ou le renoncement à l’action et la loyauté à la marque (loyalty).C’est particulièrement malin de la part des organisateurs, de se servir de cette formule : cela sous-entendrait que le simple habitant aurait le choix face au développement urbain. Alors que : pas du tout. Pour le Sillon alpin, les habitants sont mis devant le fait accompli. Jamais on ne leur demande : «  Voulez-vous habiter dans une mégalopole ?  » «  Souhaitez-vous avoir deux millions de voisins ?  »
Nombreux sont ceux qui râlent face à l’avancée de la ville, la disparition progressive des terres agricoles, l’urbanisation des espaces naturels. Mais pour l’instant, faute d’organisation et de mobilisation, les protestations n’ont aucune incidence sur ces manœuvres, les élus continuant tranquillement dans leur coin à jouer avec leurs collègues à «  ma ville est plus lumineuse que la tienne  ».

En 2007, Baietto s’insurgeait : «  Il ne faut pas dire n’importe quoi, on ne va pas faire une ville unique ». Lors de la conférence de presse du 11 avril, les élus n’ont jamais parlé de «  continuité urbaine  » (terme repoussant) mais ont préféré mettre l’accent sur «  le dynamisme économique  », le «  poids démographique  », les «  formidables opportunités  », expressions creuses et vagues. Comme s’il ne fallait pas évoquer la réalité urbanistique, comme si elle pouvait potentiellement faire peur.
À la sortie de la conférence de presse, le hasard fait que notre envoyé spécial se retrouve à prendre l’ascenseur avec Destot. Il en profite pour lui poser une petite question :
« - Et à terme ce sera une continuité urbaine ?

  • Je l’espère, oui ».
Et la Savoie ?

Suite à la réforme territoriale voulue par Nicolas Sarkozy, les pays de Savoie sont le terrain de grandes manoeuvres technocratiques depuis l’an passé, étroitement lié à la cuvette dauphinoise.
Pour l’instant le flou domine.
Certains UMP – Hervé Gaymard et Christian Monteil, les deux présidents des conseil général du 73 et du 74 – veulent en profiter pour réunir les deux départements en une entité commune expérimentale, une sorte d’embryon de «  région Savoie  », pour exister entre les agglomérations de Lyon et de Grenoble. Le PS s’y oppose, le sénateur Thierry Repentin en tête, préférant «  l’activation d’un réseau comme celui du Sillon Alpin  » (L’Express, 20/09/04) qu’il défend depuis le début des années 2000. Là où ça se complique, c’est que d’autres élus UMP du coin désirent, eux la création d’un pôle métropolitain transfrontalier franco-valdo-genevois... une idée visant notamment à isoler Annecy. Bref c’est un beau bordel. Au final, c’est le pôle métropolitain du Sillon alpin (voir ci-contre) qui semble avoir gagné pour l’instant.
Et pourtant, ce projet laisse entrevoir pour les pays de Savoie un rôle d’arrière cour industrielle et de terrain de jeux touristique des grands centres urbains de Genève et de Grenoble. Rien de nouveau certes et pas de quoi inquiéter les élus de l’UMP et du PS. Il y a trente ans déjà, on affirmait dans nos montagnes que «  le tourisme est symptomatique de la chienlit technologique  » (Le Crétin des Alpes, 15/09/79). Et à l’heure du Sillon alpin, les préconisations de l’époque apparaissent plus que jamais d’actualité : «  Ne marchons plus dans son sillage au pas de l’oie, mais courons en frappant dans les mains, à contre courant d’un progrès sous cellophane  » (Le Crétin des Alpes, 15/09/79).