Accueil > Février-Mars 2017 / N°39

Gilles Chabert, le gredin dauphinois

Avez-vous déjà connu ce sentiment de trahison ? Invité par des gens que vous pensiez être des amis à manger du gratin dauphinois, vous vous retrouvez devant un plat de patates avec du fromage dessus. Hérésie ! Les vrais savent qu’il n’y a jamais de fromage dans le gratin dauphinois, ceux qui en mettent sont des usurpateurs, des brigands ou – pire – des parisiens. (1)
C’est la même sensation de tromperie sur la marchandise qu’on subit à chaque fois qu’on entend Gilles Chabert parler. Le nouveau monsieur « montagnes » de la région Auvergne-Rhône-Alpes a toutes les caractéristiques du dauphinois : il a grandi dans le Vercors, parle avec un accent rocailleux et utilise des expressions bien de chez nous comme « on va pas piocher dans l’eau quand même ». Il se pose en défenseur du terroir et de la montagne, et à l’écouter distraitement on pourrait presque le croire.
Mais dès qu’on gratte un peu derrière la couche folklorique du personnage, on réalise rapidement qu’il défend avant tout son pouvoir et son enrichissement. Loin des forêts et des alpages, il passe l’essentiel de son temps à faire du lobbying à Paris, manigance pour implanter un maximum de canons à neige dans les stations, et multiplie les situations de conflits d’intérêts. Comme dirait ce bon vieux Dauphinois de Papagalli : bon appétit « quand même » !

Les « libellules dépressives », il ne s’en préoccupe pas et il en est fier. Gilles Chabert n’est pas un écolo-bobo et tient à le faire sentir aussi souvent que possible. Pour défendre le développement des canons à neige, il tente toujours de faire ricaner son auditoire en balançant des boutades comme « s’il est une espèce à protéger en montagne, c’est bien l’homme. Les libellules dépressives, on s’en fout ».

En fait, il s’avère que la libellule dépressive ou déprimée (Libellula depressa, ainsi nommée à cause de son abdomen plat et large) n’est pas spécialement une espèce de montagne : ça aussi, il doit s’en foutre, Chabert. De toute façon, s’il parle d’elle, c’est juste parce qu’elle a un nom bien ridicule. Et puis « dépressif », ça doit lui faire penser aux écolos.
En plus de l’humour subtil, Chabert dispose d’un autre outil pour attirer la sympathie de son auditoire : le bon sens. Il enchaîne donc les poncifs comme « Ce qu’on veut, c’est faire du ski, le reste c’est du bla-bla » (Montagnes magazine, 3/05/2016) ; «  Il faut être conscient qu’en hiver, sans neige, il n’y a pas de client. Et sans client, pas d’argent. Tout le reste, c’est du vent » (au Conseil régional, le 23/06/2016).

Gilles Chabert se définit lui-même modestement comme « l’homme le plus puissant de l’arc alpin  » (L’équipe magazine, 22/06/2013). Hervé Gaymard, l’ancien ministre UMP, aurait également assuré qu’il s’agit de « l’homme le plus puissant au-dessus de 1000 mètres ». Cette puissance n’a rien à voir avec ses qualités physiques. Elle évoque le poids politique du bonhomme. Chabert est le « chef de l’Armée rouge », c’est-à-dire le président du syndicat national des moniteurs du ski français (SNMSF), ceux qui arborent de belles combinaisons rouges. Depuis vingt-trois ans, il représente les 17 000 moniteurs de ce syndicat brassant «  300 millions d’euros de chiffre d’affaires par an ».
Cette position stratégique lui a permis de devenir, depuis son élection en décembre 2015, le « président de la commission montagne » à la région Auvergne Rhône-Alpes. Alors qu’il ne s’était jamais engagé politiquement auparavant, il avait fait campagne en septième position sur la liste du candidat LR Laurent Wauquiez.

Depuis un an, il se gausse des «  libellules dépressives » et porte le « plan neige-stations », dont le principal objectif est d’équiper un maximum de stations de canons à neige. À peine arrivé au pouvoir, la majorité du Conseil régional a débloqué 10 millions d’euros pour subventionner les fabricants de canons. à terme, elle veut consacrer 20 à 25 millions d’euros à la neige artificielle et «  espère avec l’effet boule de neige arriver à 200 M€ de travaux (enneigeurs et retenues collinaires) avec l’appui des conseils départementaux à l’image de l’Isère » (Le Daubé, 3/05/2016).

Les défauts des canons à neige sont nombreux : gaspillage d’eau et d’électricité (début janvier, le préfet de Haute-Savoie annonçait qu’à cause de la sécheresse en cours, il envisageait de restreindre l’utilisation de l’eau pour la neige artificielle), nécessité de gros travaux aux impacts sur le paysage importants (retenues collinaires, pistes larges et plates), artificialisation de la montagne (voir Le Postillon n°25). Mais ces considérations sont fantaisistes pour Chabert, qui aime se rappeler l’hiver 1989-1990 : « on n’a pas eu de neige en montagne, on a essayé de leur faire tout faire à nos clients. Et je peux vous dire que ce n’est pas en se couchant sur le dos, et en regardant les étoiles, qu’on a pu nourrir nos gosses. Il a fallu passer au Crédit Agricole pour faire un prêt. Alors soyons sérieux, la seule solution c’est la neige de culture » (au Conseil régional, le 23/06/2016).

Chabert aime faire du chantage au chiffre d’affaires. Pourtant les nababs de l’or blanc se gavent chaque saison en accueillant à bras ouverts les riches russes et anglais (« les sports d’hiver, c’est 7 milliards d’euros en quatre mois, c’est pas rien, selon Chabert. Si vous voulez convertir ça en litres de lait, c’est 21 milliards de litres de lait à 300 euros la tonne ») et les moniteurs de ski facturent au moins 45 euros brut de l’heure. Ceux qui en bavent sont plutôt les saisonniers payés au Smic et obligés de dormir sur des parkings, même les hivers où il y a beaucoup de neige. Pour ce prolétariat des stations, les hivers sans neige peuvent effectivement être tragiques financièrement ; mais il s’agit avant tout d’un problème de répartition des richesses, pas de subventions publiques aux canons à neige.

Et puis le problème avec les canons, c’est qu’ils ne peuvent pas toujours sauver les chiffres d’affaires des stations : pendant les dernières vacances de Noël, avec le phénomène d’inversion des températures, il faisait trop chaud pour que les canons fonctionnent. Heureusement, Chabert et ses amis ont déjà la solution : la station de Tignes va construire une piste de ski dans un dôme artificiel, afin de pouvoir skier toute l’année. Avec des arguments comme « ce qu’on veut c’est faire du ski, le reste c’est du bla-bla », pourquoi pas mettre toutes les stations sous des dômes ? Faut ce qu’il faut, quand même, on va pas se coucher sur le dos et regarder les étoiles, alors qu’il y a moyen de se faire plein de fric.

Si Chabert développe autant «  d’arguments de bon sens », selon l’ancien ministre Gaymard, c’est grâce à son passé. Il n’a pas le parcours du politicien moyen, formaté très tôt à Sciences politiques ou descendu dans l’arène électorale suite à une carrière d’avocat ou de pharmacien. Après avoir fait deux ans d’études (maths supérieures), Chabert est retourné dans son Vercors natal pour exercer quelques années en tant que bûcheron l’été et professeur de ski l’hiver. C’est lui qui le dit, et cela lui permet d’entretenir l’image d’un vrai « bosseur », pas du genre assistant parlementaire ou fonctionnaire : «  Avec ces années de bûcheron, j’ai retenu qu’à force de travail, on arrive toujours à quelque chose… Que rien n’est impossible, qu’il ne faut jamais se résigner… Et qu’il existe des solutions à tout même aux situations extrêmes » (Lettre aux Villardiens, automne 2013).

De ces années en forêt ou dans les alpages, il garde en tout cas une flopée d’expressions montagnardes qu’il dégaine le plus souvent possible. Pour préciser quelque chose, il balance « je voulais remettre un peu l’église au milieu du village quand même ». S’il s’exclame « tuons pas notre chien après une mauvaise journée de chasse », c’est parce qu’il veut temporiser. Quand il assure «  il n’y a plus un renard en station », c’est que les touristes sont partis. Il met en garde un journaliste qui doit aller prendre son train en balançant : « vous allez rater le départ de la benne », et enchaîne « l’objectif c’est pas de casser trois pattes à un canard » ou encore « on va pas piocher dans l’eau », etc.

C’est sûr que par rapport au froid langage technocratique ou à la novlangue éco-technicienne, les expressions et l’accent de Chabert ne peuvent que le rendre sympathique. Enfin un vrai gars du Dauphiné, d’ailleurs il s’appelle Chabert et des Chabert, il y en a 404 en Isère dans les pages blanches.

[Début d’une digression du rédacteur autour de son comique favori] Quand on parle de « vrais dauphinois », on pense forcément à Serge Papagalli, le comédien le plus célèbre de l’Isère, le seul capable de faire de véritables tournées dans le Dauphiné, en jouant partout, de la salle des fêtes de Saint-Donnat-sur-l’Herbasse à celle de Novalaise, de la salle polyvalente de Jarcieu à celle de La-Chapelle-en-Vercors. Et en plus il y a du monde à chaque fois.

Début décembre, il a joué cinq soirs de suite au théâtre de Grenoble son dernier spectacle, «  Nid de frelons », en faisant quasiment salle comble. Comme dans ses dernières productions (« Négociant en vain », « On est pas des quand même », « On va tâcher moyen », etc.), Papagalli met en scène une famille de vieux paysans dauphinois. Un monde en voie de disparition dont on entend quasiment jamais parler dans les médias locaux et organes de communication officiels, qui préfèrent s’intéresser aux entrepreneurs éco-techno-innovants ou aux commerçants tendance.

J’ai du mal à l’assumer, mais j’avoue : je les aime bien ses spectacles à Papagalli [NDR : jugement non partagé par le comité de relecture], déjà parce qu’ils sont plutôt drôles - en tout cas je rigole souvent. Et puis aussi justement parce qu’ils parlent – avec tendresse et justesse, je trouve – de ce vieux monde paysan en train de disparaître peu à peu. Et que ce monde est, malgré ses nombreux défauts, bien plus attachant que celui de la smart-city connectée, de la métropole et sa banlieue interminable, de l’agriculture industrielle et des stations de ski artificielles. Papagalli, comme Chabert, utilise plein d’expressions, existantes ou inventées, reliées à la culture paysanne. Lui ou ses compagnons de scène disent souvent qu’ils sont « pétafinés » (la pétafine est une préparation faite à partir de restes de fromages, d’ail et de vin blanc) ou qu’ils ont «  la raviole qui est trop cuite ». Et d’enchaîner les «  j’y aime bien, moi » ou les « on va tâcher moyen », d’affirmer « quand on a fait au lit, c’est trop tard pour serrer les fesses », de constater que « s’il pleuvait à chaque fois qu’on comprend pas ce que tu dis, on serait déjà inondé », de demander « tu vas pas me faire l’article, on est pas à Beaucroissant » ou d’analyser : « pour la faire taire, faudrait que les Allemands reviennent dans le Vercors, c’est sûr ».

Toutes ces expressions, cette ambiance, cet accent (« quooaaaoi », « cooommeeent ») c’est un peu lourdingue des fois mais je trouve ça charmant. À l’heure de l’uniformisation des modes de vies, mettre en scène des personnages loin des winners de la mondialisation donne un peu de nostalgie et de fraîcheur à la fois.
Mais cet amour de ce monde en disparition s’accorde complètement avec un certain conformisme politique. Papagalli est un bon troubadour, qui ne dérange jamais les rois. Il s’entendait bien avec la droite ripou grenobloise : à l’époque de Carignon, la mairie lui a confié les clefs du théâtre 145. Quelques années plus tard, il n’avait pas l’air trop chagriné par l’arrivée au pouvoir du socialiste Destot, et a même fait partie de son comité de soutien pour les élections municipales de 2008. Papagalli est une institution locale. Il ne critique donc pas les autres institutions, que ce soit Le Daubé, qui édite ses DVDs, ou le CEA (commissariat à l’énergie atomique) pour qui il a déjà joué.
Tous les matins, il fait une chronique de trois minutes sur France Bleu Isère : après un tonitruant « Dauphinois, dauphinoises, bonjour », il tente de faire rire, avec beaucoup moins de talent que dans ses spectacles, autour de divers sujets de société (les noix de Grenoble, l’accordéon, la pizza à la tartiflette, la fourmi comme animal de compagnie, etc). Jamais il ne s’aventure dans des sujets politiques polémiques, jamais il n’égratigne la moindre personnalité locale, jamais il ne prend position sur des sujets autres que futiles. Il ne faudrait pas froisser un spectateur potentiel.

Papagalli a le même charme et les mêmes travers que le père Maudru, le personnage principal de ses spectacles : sa bonhomie est sympathique, mais il ne fait qu’accompagner la marche du monde. Il râle, mais n’essaye jamais de changer le cours des choses, et s’accommode de toutes les évolutions et « innovations » qui font peu à peu disparaître la culture paysanne. [Fin de la digression].

Si Papagalli est un troubadour, Gilles Chabert est par contre un connétable. Lui n’est pas là pour raconter des histoires. Son but c’est de gagner des guerres. D’où son amour pour les canons.

Ça fait bien longtemps que Chabert ne tronçonne plus d’arbres ou n’enseigne plus le planter de bâton : il a arrêté depuis 1980, à vingt-huit ans à peine. Depuis, son quotidien n’est pas fait de glisse ou de forêt mais de restaurants et de négociations. Il s’enorgueillit d’avoir « pris quarante kilos » depuis qu’il préside le SNMSF : au moins deux jours par semaine, il est à Paris où il enchaîne les repas d’affaires avec l’un des « 1380 numéros de téléphone » de son répertoire [chiffres de 2013]. « Gilles Chabert énumère : ‘‘Celui-ci, c’est un ministre. Là, un conseiller politique. J’ai beaucoup d’élus. Aussi des gens de Bruxelles (...) Je regarde la liste et je me dis : Lui, il y a longtemps que je ne l’ai pas vu, faut que je mange !’’ (…) Sa technique d’abordage d’un ministre est rodée. «  Je lance : « On n’a pas besoin de sous. Des sous, on en a ! » [NDR : et pas qu’un peu] Ça décontracte tout de suite. » (L’équipe magazine, 22/06/2013).

Le député Accoyer parle de lui comme de «  l’un des meilleurs avocats de la montagne », « la montagne » représentant en fait l’intérêt financier des moniteurs de ski et des businessmen de stations. Les 17 000 moniteurs de son syndicat « enseignent le ski aux enfants des notables de toute la France. ‘‘vous n’imaginez pas tous les liens que cela permet de tisser’’, glisse l’un d’eux » (Acteurs de l’économie, décembre 2016). « Parmi les ‘‘pulls rouges’’, les skieurs de l’équipe de France et, surtout, une trentaine de maires et plus de 250 conseillers municipaux dans tous les massifs du pays. ‘‘Avec mes moniteurs et leurs familles, j’ai plus de pouvoir qu’un groupe parlementaire. Si on nous attaque, nous chassons en meute.’’  » (L’équipe magazine, 22/06/2013).

Quand il « chasse en meute », c’est pour défendre des causes nobles, comme le calendrier des vacances scolaires. Son pouvoir lui a permis d’influer plusieurs fois sur les décisions politiques afin que les vacances d’hiver soient bien étalées sur quatre semaines, et que celles d’avril commencent assez tôt. Les intérêts pour l’éducation des mioches, peu importe, ce qui compte, c’est que les enfants des riches puissent aller engraisser au maximum les stations (seulement 8 % des Français partent au ski). Le pire, c’est que ces manigances aboutissent à chaque fois.

Grâce à ses talents de lobbyiste, il s’est même retrouvé devant la prestigieuse Ena (école nationale d’administration) où il intervient «  pour inculquer aux futures élites de la nation l’art secret du lobbying » (L’équipe magazine, 22/06/2013). Pas mal pour ce gamin du Vercors, fils d’un agriculteur-moniteur de ski. Son entregent lui a même permis d’être « reçu en audience privée par le pape Jean-Paul II » ou d’avoir le droit de chasser dans le prestigieux domaine de Chambord. Finalement, tous les puissants se ressemblent : même quand ils se réclament du « terroir », ils ont les mêmes rêves de prestige et aiment avant tout se retrouver entre eux. Ils manigancent sans cesse pour développer la mondialisation et tenter d’en tirer un profit maximum - après tout l’argent n’a ni patrie ni accent : « Quand on a créé notre club en Chine en 2011, il a dépêché une dizaine de moniteurs pour former des moniteurs locaux, dit Henri Giscard d’Estaing, PDG du Club Med. Avec l’espoir que les Chinois viendront ensuite skier dans nos stations, plutôt qu’en Suisse ou en Autriche. » (Challenges, 28/02/2014).
On ne sait pas s’il enseigne également aux élèves de l’Ena « l’art secret » de la prise illégale d’intérêt. Parce que Chabert a quelques problèmes depuis qu’il est élu. Disons qu’il est souvent en porte-à-faux avec ses nombreuses casquettes et son action à la tête de la commission Montagne de la région.

Au Conseil régional, il y a une «  charte éthique » afin de « prévenir les conflits d’intérêts », que Chabert a signée comme les autres. Mais deux articles d’Acteurs de l’économie (2/12/2016 et 27/01/2017) pointent quelques éléments troublants. Chabert a fait voter le plan « neige-stations », engageant plus de dix millions d’euros d’argent public, alors qu’il est membre de l’école du ski français de Villard-de-Lans-Corrençon-en-Vercors, «  une station qui bénéficie de plus de 10 % des montants accordés jusqu’à présent par le plan Montagne du Conseil régional (837 688 euros sur un total distribué de 7 999 779 euros jusqu’à présent) ». Il est également administrateur de la Compagnie des Alpes (CDA), ce qui lui a permis de bénéficier de 16 500 euros de jetons de présence en 2014-2015. La CDA, plus gros opérateur de domaines skiables au monde, va directement bénéficier de plusieurs centaines de milliers d’euros du plan Montagne, porté par Chabert... Dernièrement, il a fait voter une subvention de 20 000 euros à l’association savoyarde Montanéa dont il est un des administrateurs. Selon un avocat cité par Acteurs de l’économie, «  ce mélange des genres pourrait tomber sous le coup de la loi, au titre de la prise illégale d’intérêts ».

Et alors, se faire de l’argent sans scrupules, c’est aussi ça le bon sens paysan, non ? Certains le jugent «  écrasant, retors dans les négociations et rude avec les femmes », mais Chabert, sûr de son bon droit et sans complexes, se «  sent propriétaire partout où il neige » (www.addmess.fr, 5/04/2013).
Alors depuis de nombreuses années, le roi de l’altitude multiplie les casquettes et les rentrées d’argent. Il est à la tête des principales sociétés commerciales détenues par le SNMSF, ce qui lui permet quelques arrangements : « Le groupement d’achat du SNMSF dépense le quart de son budget annuel en salaires (...). Et c’est dans cette société qu’une enveloppe est provisionnée pour le départ à la retraite de Gilles Chabert. Le montant s’élèverait entre 150 000 et 200 000 euros, selon des sources concordantes au sein du SNMSF » (Acteurs de l’économie, décembre 2016).

Par ailleurs, il est également vice-président de la banque populaire des Alpes, et même administrateur du Daubé. « Il parle d’égal à égal avec Michel Lucas, [qui était à l’époque] président du Crédit Mutuel (77 000 salariés), aussi patron du journal Le Dauphiné Libéré. » Pas sûr que les lecteurs du quotidien aient la chance de voir des articles sur ses potentiels conflits d’intérêts, ou sur des critiques de ses actions en tant qu’élu. Comme dirait Accoyer : « il est habile et a de vrais talents de négociateur ». En plus, il sait se placer aux bons endroits.

La deuxième étape du plan Montagne ambitionne de mettre du wifi partout en altitude, afin que la vie en montagne puisse être rigoureusement identique à celle en ville. On ne sait pas encore s’il a pris des parts dans des fournisseurs d’accès haut-débit. En tous cas il est toujours aussi enthousiaste : « C’est surtout, je pense, que les gens maintenant, quel que soit l’endroit où ils vont dans le monde, le premier réflexe c’est de savoir si à cet endroit ils vont pouvoir téléphoner et correspondre à travers le Net ». Et « les gens », c’est eux qu’ils nous rapportent du fric, pas les libellules dépressives, ni l’agriculture de montagne ou les cueillettes de champignons. Parce que mon brave monsieur, sans wifi et sans canons à neige, que faire ? Se coucher sur le dos et regarder les étoiles ?