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Achetez et offrez Le Vide à moitié vert !

Ce sera l’évènement littéraire du 24 février prochain : la sortie du deuxième livre du Postillon, aux éditions Le monde à l’envers. Titré Le Vide à moitié vert. La gauche rouge-verte au pouvoir : le cas de Grenoble, il a pour ambition de dresser un portrait du premier mandat de Piolle à la mairie de Grenoble. Et d’éclairer ainsi les lanternes de toutes les personnes qui se demandent « comment ça se passe dans une municipalité écolo  », qu’elles soient habitantes de villes récemment conquises par les Verts, séduites par la montée en puissance de Piolle au niveau national ou simplement curieuses.
Si beaucoup des informations présentes dans ce bouquin sont connues des lecteurs assidus du Postillon, il ne s’agit néanmoins pas d’une compilation d’articles à la manière de Mélancolie postale (notre hors-série sur La Poste). L’idée, c’était de proposer quelque chose d’un peu littéraire, en racontant aussi des bribes de vie de notre petit journal de contre-info locale, avec ses doutes, ses enthousiasmes et même parfois ses erreurs. Pour vous donner envie de vous ruer dans toutes les bonnes librairies, voici quelques extraits.

C’était je ne sais plus quand, en 2017 ou 2018, mais peu importe parce que cette question, on me l’a déjà posée des dizaines de fois, comme à tant d’autres Grenoblois en vadrouille un peu partout en France. Je faisais de l’autostop entre Grenoble et Marseille, et une femme, la cinquantaine, venait de s’arrêter au péage de Valence-Sud. « Ah t’es de Grenoble… Vous avez un maire écolo, alors, ça a l’air super, non ? » Bien entendu, la question peut changer de tournure et se transformer en « c’est l’enfer d’habiter dans une ville dirigée par les écolos ?  » en ayant affaire à un lecteur de Valeurs Actuelles plutôt que du Monde diplomatique. Mais en autostop, on rencontre plus souvent les seconds.
Elle me dérange toujours un peu cette question, parce que c’est compliqué d’y répondre en une phrase. Juste répondre « non c’est pas super » ne permet pas de vraiment instruire l’interlocuteur. J’étais aussi un peu gêné parce que ma conductrice, mère de famille célibataire habitant Orange, ville dirigée par l’extrême droite depuis 25 ans, voyait vraiment en Grenoble une lueur d’espoir.
Elle ne connaissait rien de la situation grenobloise, n’y était jamais allée, mais avait lu des articles et vu des reportages à la télé, la suppression de la pub, la ville en transition, « l’espoir  » brandi en étendard par la communication.
Forcément, vu depuis son horizon bleu-gris d’Orange, ça lui faisait envie.
Comme on avait une bonne heure de bagnole devant nous, j’ai pris le temps de lui raconter, de lui expliquer ce qui se cachait derrière les bribes de communication qu’elle avait reçues. Alors j’ai commencé par lui parler d’écologie, parce que Piolle est avant tout présenté comme un «  écolo  », même si nombre de ses actes sont en fait un dévoiement de l’écologie, comme le montrent les cas de la ZFE (zone à faibles émissions), de l’autoroute agrandie ou de l’énergie soi-disant propre fournie aux Grenoblois.

[…]

Ça faisait un an qu’ils étaient au pouvoir quand j’ai reçu un mail d’Enzo Lesourt : « Que dirais-tu de papoter autour d’un café des échanges entre la majorité municipale et Le Postillon ? »
Avant 2014, je croisais assez souvent Enzo Lesourt. Le local du journal était à l’époque à quelques dizaines de mètres du local d’EELV et je le voyais s’activer là-bas, avec deux autres «  jeunes », Xavier Robichon et Yann Mongaburu. Pendant les années de vaches maigres municipales des écolos, quand ils étaient dans l’opposition à Destot pour le mandat de 2008 à 2014, ces trois-là, à peine trentenaires, tenaient la baraque écolo grenobloise, préparant les jours meilleurs.
On n’était pas d’accord, mais comme on était tous «  opposés » à Destot, comme on était tous dans le camp des loosers, forcément ça crée des liens. On n’a jamais été potes, mais ça nous est arrivé de s’échanger des infos. Et puis il y avait les connaissances en commun, les mêmes bars fréquentés, Enzo Lesourt qui venait jouer aux échecs dans mon rade. On était de la même génération, Lesourt un peu plus jeune que moi, les deux autres un peu plus vieux, et du même monde : j’ai fait Sciences Po Grenoble comme Mongaburu et Lesourt.

Et puis 2014 est arrivé et ces trois personnages centraux de la campagne de Piolle ont obtenu des postes-clefs du pouvoir. […] Alors on s’est moins vus. Forcément, ils avaient moins de temps pour jouer aux échecs au bar. De toute façon, un des tauliers de mon rade les avait virés quand ils avaient amené Piolle pour y faire une conférence de presse. Et puis moi aussi je me suis éloigné. Car j’ai un autre défaut : je déteste fréquenter des gens de pouvoir.

[…]

Depuis les municipales de 2020, pas un jour ne passe sans une nouvelle polémique autour des nouveaux maires écolos. « Les nouveaux khmers verts », «  la dérive radicale des nouveaux maires écologistes », «  les folies des maires écolos  », etc., etc., la presse de droite, du centre, ou même de gauche, entretient un de ses feuilletons préférés en faisant passer les nouvelles municipalités pour « radicales  » ou complètement différentes des élus des partis « classiques ». À chaque fois, une petite phrase, sur le Tour de France, la 5G ou la police, ou une petite décision, sur les sapins de Noël ou la place de la voiture, et les chroniqueurs montent sur leurs grands chevaux numériques, dans notre époque formidable de polémiques futiles incessantes et de lynchage sur les réseaux sociaux.

Dans ce faux duel imposé par l’hystérie médiatique, je penche (presque) toujours vers les écolos, comment faire autrement ? Mais s’il fallait avant tout se détourner de ces faux duels ?
Ces petits buzz permanents polluent l’esprit et font oublier ce qui se cache derrière l’écran de fumée médiatique, à savoir, pour ce qui m’intéresse dans ce bouquin, les véritables actes des élus rouges-verts quand ils sont au pouvoir.
Sur le cas grenoblois, au Postillon on a pas mal documenté ces actes. Quelques autres s’y sont aussi un peu attelés de manière critique, journalistes, militants, simples habitants.
Et pourtant, une fois passées quelques petites polémiques, j’ai l’impression qu’il ne reste que la communication de la bande à Piolle. Depuis le début de son mandat, « l’expérience grenobloise » bénéficie d’une bienveillante sympathie de la part de nombre de médias de gauche, qui ne veulent pas critiquer le « modèle grenoblois » en espérant qu’il serve d’exemple au niveau national.
Depuis la percée nationale du maire de Grenoble, le «  récit » qui passe dans les médias nationaux est celui d’un maire écologiste qui aurait fait un premier mandat réussi (la preuve étant juste qu’il a été réélu) et qui se bat seulement contre l’obscur «  front anti-climat  ». S’il est critiqué, c’est presque uniquement sur son supposé « laxisme  » sécuritaire.

Alors je me sens comme Cléante dans la pièce de Molière, tentant d’ouvrir les yeux d’Orgon sur la véritable nature de Tartuffe :
« Voilà de vos pareils le discours ordinaire.
Ils veulent que chacun soit aveugle comme eux.
C’est être libertin que d’avoir de bons yeux.
De tous vos façonniers on n’est point les esclaves :
Il est de faux dévots ainsi que de faux braves.
Les bons et vrais dévots, qu’on doit suivre à la trace,
Ne sont pas ceux aussi qui font tant de grimace. 
Hé quoi ! Vous ne ferez nulle distinction
Entre l’hypocrisie et la dévotion ?
Vous les voulez traiter d’un semblable langage,
Et rendre même honneur au masque qu’au visage ;
Égaler l’artifice à la sincérité,
Confondre l’apparence avec la vérité,
Estimer le fantôme autant que la personne,
Et la fausse monnaie à l’égal de la bonne ? 
 »

Le Vide à moitié vert sera disponible dans toutes les bonnes librairies à partir du 24 février pour 10 euros seulement.