Accueil > Été 2013 / N°21

Vidéosurveillance : soyons d’arrière-garde !

« Ceux qui mènent un combat contre la vidéosurveillance mènent, selon moi, un combat d’arrière-garde » (Le Daubé, 17/05/2013). Voilà l’avis du procureur de la République de Grenoble Jean-Yves Coquillat, appuyant par cette pensée subtile et approfondie l’annonce du renforcement de la vidéosurveillance à Grenoble par Jérôme « Iznogoud » Safar, premier adjoint à (entre autres) la Sécurité. Une vingtaine de caméras devraient être installées – surtout dans les quartiers Sud – d’ici l’année prochaine (c’est-à-dire après les élections municipales). à l’heure de « l’hyper-connectivité » et du flicage généralisé qui va avec, où les combats d’avant-garde consistent à poker des likes sur sa page Facebook, se préoccuper de la liberté et du développement des outils de contrôle est effectivement un «  combat d’arrière-garde ». Trois ans après l’installation des premières caméras, les opposants grenoblois à la vie sous surveillance ne sont en tout cas pas parvenus à créer un rapport de force stoppant la multiplication des caméras. Un nouveau projet de cartographie collective des caméras vient de voir le jour (grenoble.sous-surveillance.net), quelques caméras ont été détruites mais le « l’Innovation » trace sa route, pour le plus grand bonheur des industriels du flicage et dans l’indifférence de la « masse ». Qu’importe que le comité d’éthique soit pipé et ne produise rien, que le bilan de l’« expérimentation » n’ait jamais été tiré, que le coût réel pour la ville des yeux télécommandés reste secret, que de multiples rapports nationaux démontrent l’inutilité de la vidéosurveillance. Destot et Safar poursuivent leur travail de mise en surveillance des rues grenobloises, et arment en parallèle les policiers municipaux la nuit, après avoir assuré le contraire deux mois auparavant. Safar déclare ne pas «  être dans l’idéologie » et effectivement sur ces questions comme sur d’autres, il ne fait que suivre le sens du vent : si demain la mode consiste à mettre l’armée dans les rues, les quartiers de Grenoble ne tarderont pas à voir arriver les chars d’assaut.