Accueil > Février / Mars 2013 / N°19

« Attaque du col de Sarenne ! attaque ! »

Pour marquer la centième édition du Tour de France, les organisateurs ont «  vu les choses en grand ». En « grand » signifie aussi qu’ils se contrefoutent de certains espaces naturels encore préservés.
Le 18 juillet, les cyclistes en short devraient gravir deux fois la mythique montée de l’Alpe d’Huez en passant par le col de Sarenne et sa petite route reliant la station au village de Clavans. Et c’est là que le bât blesse le mollet. Ce lieu est « un de ces beaux et rares espaces où l’on peut respirer de l’air pur » rappelle une pétition lancée contre le passage du Tour de France, qui a déjà recueilli, en février, plus de 4 400 signatures. Si le parcours devait être maintenu il y «  aurait des conséquences dramatiques sur la faune et la flore » déplore t-elle. Mathieu, l’initiateur de cette pétition en a gardé sous la pédale : début février il envoie une lettre ouverte au directeur de la course. Extraits : «  Nous sommes nombreux à nous inquiéter de la disproportion de l’impact environnemental que pourraient avoir les travaux afférents à l’événement et l’étape en elle-même. (…) Outre les chamois, niverolles, aigles royaux et marmottes, certaines espèces très fragiles, menacées d’extinction, sont présentes sur le site : des tétras lyre et des lagopèdes. (…) à Sarenne, la foule, les véhicules, les travaux, les hélicos auraient-ils un impact positif sur l’environnement ? Répondez-nous ! Pour une simple journée de course, tout ce remue-ménage dans ce vaste espace sauvage est-il raisonnable ? Répondez-nous ! De tels comportements ne sont-ils pas à l’origine de la catastrophique accélération de l’érosion de la biodiversité, de la crise écologique actuelle, de la crise sociale qui en découle ? ». Tout en marquant à la culotte ses adversaires, Mathieu suggère même un autre itinéraire en passant par le village d’Huez et Villard Reculas, ce qui permettrait d’éviter d’emprunter le col de Sarenne.
Cette question a encore fait débat au sein de la rédaction du Postillon, la cellule politique étant bien entendu pour la suppression pure et simple du Tour de France. Mais la cellule roue libre du Postillon a pris le dessus et propose une alternative : le retour à l’autonomie. En plus de la caravane publicitaire, les véhicules des directeurs sportifs et les motos de France Télévision seront interdits dans le col de Sarenne. Arrivés au sommet de l’Alpe d’Huez les coureurs se muniront d’une pompe, d’une chambre à air et d’une trousse à pharmacie pour parer à tout pépin. Bien entendu le public restera lui aussi à l’écart des marmottes et des tétras lyre. Tout comme les pilotes d’hélicoptères qui pourront visiter le passionnant musée des minéraux à Bourg d’Oisans au lieu de travailler. Pour la retransmission télé, seuls Laurent Jalabert et Jean-Paul Olivier pourront suivre les coureurs, caméra au poing, mais à vélo. Si cette solution était retenue, nous contenterions tout le monde. La faune et la flore du col de Sarenne seraient préservées, les aficionados de la petite reine pourraient toujours montrer leurs fesses dans les 21 virages de l’Alpe d’Huez et ASO (l’organisateur du Tour de France) et ses sponsors continueraient à engranger tranquillement leurs bénéfices...

Pour signer la pétition : http://avaaz.org/fr/petition/Non_au_passage_du_Tour_de_France_2013_au_Col_de_Sarenne/
Pour suivre le tour de France cet été : http://www.francetelevisions.fr/