Accueil > Octobre 2016 / N°37

Brèves

Le Postillon chez le
commissaire politique

Commissaire : Ah Le Postillon ! Vous êtes sur une mauvaise pente, vous : lors du dernier conseil municipal de Grenoble, le 18 juillet, votre journal a été cité par le Front national !
Le Postillon : Et alors ?
Commissaire : Vous commencez sérieusement à nous rappeler les heures les plus sombres de notre histoire ! Le conseiller municipal frontiste Alain Breuil a révélé au grand jour votre proximité intellectuelle. Lors d’un débat sur l’acquisition d’une œuvre d’art à 100 000 euros par le musée de Grenoble (subventionnée à hauteur de 50 000 euros par la ville, 25 000 par la Région et 25 000 par l’État), il en profite pour critiquer l’art contemporain et vous cite : « Je viens malheureusement de recevoir du renfort, dans le journal Le Postillon, dans son exemplaire de mars. Je précise que je n’en suis pas actionnaire et que Le Postillon à ma connaissance n’est pas un organe du Front national, mais il vous suggère lui aussi, vous qui cherchez à faire des économies, de faire des économies notamment sur le Magasin, que nous subventionnons à hauteur de 220 000 euros. Et surtout Le Postillon éclaire notre vision de l’art contemporain en nous expliquant que petites magouilles et petites affaires tiennent très souvent le haut du pavé et pour qui sait lire entre les lignes, il nous explique que tout cet argent public n’est pas perdu pour tout le monde. Je ne rentre pas dans le détail, mais on trouve dans Le Postillon des termes beaucoup plus audacieux que ceux que j’emploie ce soir. Il parle de pourriture de financement vous voyez, il parle de concussion et de relations incestueuses ».
Le Postillon : Là il délire un peu, nous n’avons jamais parlé de concussion, d’ailleurs on ne sait même pas ce que ça veut dire [NDR : « Infraction commise par un représentant de l’autorité publique ou une personne chargée d’une mission de service public qui, sciemment, reçoit, exige ou ordonne de percevoir une somme qui n’est pas due »].
Commissaire : Ne détournez pas le sujet ! Vous êtes complices avec les fascistes. D’ailleurs l’anti-fasciste Pierre Mériaux, qui vous avait déjà dénoncé comme « média d’extrême-droite » (Le Postillon n° 31, été 2015) n’a pas manqué d’entrer en résistance. Suite à l’intervention de Breuil, ce conseiller municipal écologiste a affirmé « Vous voulez que le politique choisisse les œuvres. C’est effectivement ce qui était le cas sous le troisième Reich par exemple ». Vous vous rendez compte ? Vous êtes sur la même ligne que des élus qui sont sur la même ligne que le troisième Reich.
Le Postillon : Non mais attendez, critiquer le marché de l’art contemporain ne revient pas à « vouloir que le politique choisisse les oeuvres », ni à être nostalgique du troisième Reich, ni à être sur la même ligne que des politiciens que l’on traite avec la même dose d’esprit critique que les autres (voir Le Postillon n° 25). Et ce n’est pas de notre faute si tous les autres élus n’émettent pas la moindre critique envers le business juteux de l’art contemporain. C’est pas parce que le Front national dit que l’air de Grenoble est pollué que l’on devrait soutenir qu’il est sain.
Commissaire : Tatatata. Arrêtez-moi toute cette logorrhée confusionniste. Il y a quatre ans déjà, la députée Fioraso avait asséné que vos « méthodes » lui rappelaient « des périodes troubles de notre histoire ». N’essayez donc même pas de vous défendre, vous êtes déjà condamné ! Vingt ans dans les terres froides du Nord-isère. Départ immédiat.

Perdu de vue

Jusqu’à peu, Thierry Semanaz travaillait au cabinet du maire de Grenoble. Ce membre du Parti de gauche, également conseiller municipal de la majorité à Saint-Martin-d’Hères, était en charge de l’urbanisme, de la tranquillité publique, des sports et de la montagne. Depuis le mois de juin, il a subitement disparu du cabinet : pas de pot de départ et pas de remplaçant. C’est vrai que l’urbanisme, la tranquillité publique, le sport sont des sujets sans importance… Quelques mois après le limogeage de Gael Roustan, ancien directeur de cabinet, il semble y avoir une
malédiction parmi les proches collaborateurs de Piolle. à la place d’Odile Barnola, l’actuelle directrice de cabinet, on se méfierait.

Courrier des lecteurs

Trop gentil avec les éoliennes ?
Merci de continuer à postilloner un peu partout, c’est toujours fort plaisant de vous lire (j’ai bien noté qu’avec un bon coup de brosse à reluire j’avais une chance d’être publié dans le courrier des lecteurs...). En tant que trentenaire-grenoblois-qui-passe-un-week-end-en-trièves-puis-qui-vient-s’y-installer analphabète, j’ai beaucoup apprécié de découvrir Giono dans le journal, et trouvé le traitement de notre débat sur l’éolien sérieux et fouillé, mais un peu léger dans l’esprit critique (...). à croire que l’éolien a même coupé la chique au Postillon : ce débat n’a pas fini de surprendre... F.

À l’eau, Christophe ?

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Un lecteur de l’Oisans nous envoie ce dessin à l’occasion de notre vernissage judiciaire (voir p4), peu après l’épidémie de gastro-entérite à Vif. Le captage d’eau avait été pollué par du caca. Santé !

à Pont-de-Claix, comme ailleurs
Je viens juste de finir la lecture de votre article et ce n’est pas un fonctionnement spécifique à la Mairie de Pont-de-Claix. (…) J’ai travaillé à la Mairie d’Eybens et ce que vous dites de Pont-de-Claix était pareil à l’époque de Baïetto qui est toujours président du centre de gestion (CDG38), chargé des déroulements de carrière des agents des collectivités de l’Isère. (...) à se demander pourquoi avoir des diplômes, faire des formations, passer des concours, lorsque des pistonnés auront des déroulements de carrière plus intéressants que vous. M. Baïetto qui cautionnait la gestion de sa mairie en tant que maire est toujours président du CDG38 chargé de la gestion des carrières des agents. Soit juge et partie. 
Malheureusement les collectivités fonctionnent avec des politiques qui n’ont que faire de la mission de service public et d’intérêt général, avec des responsables de service qui ont été mis en place ou qui n’ont pas le courage de faire remarquer qu’il y a une législation, des procédures, normes etc. Pourtant c’est leur devoir de déterminer dans les statuts de leur fonction.
Durant toutes mes démarches j’ai rencontré des médecins. Ils disaient que de toute façon il y a une coalition des élus même s’ils ne sont pas du même bord. Des syndicalistes qui se plaignaient de ne plus pouvoir communiquer avec les élus et en particulier les mairies socialistes et communistes.Parce qu’il ne faut pas que les agents osent avoir l’affront d’émettre un supposé dysfonctionnement.... X.

Pont-de-Claix : même les chiens sont pistonnés !
Nous avons appris tardivement le jour du procès vous opposant à M. Ferrari et regrettons de n’avoir pu y assister. Nous avons découvert il y a peu votre journal et y avons trouvé un certain réconfort. En effet il semblerait que nous subissions les « méthodes Ferrari ». Notre association, un club canin est priée de quitter le terrain mis à disposition par la ville de Pont-de-Claix (jusque-là aucun problème) sauf que la ville va autoriser un second club canin à s’y installer. Parmi les membres du comité, deux sont des employés municipaux dont un prétend être un ami d’enfance de M. Ferrari…

Scandale à GIE :
L’informatique ne
connaît pas l’austérité

Alors que l’argent public manque de toutes parts, cette histoire grenobloise risque de faire grincer quelques dents. Au milieu des années 1980, le bon Carignon crée Agir informatique, afin de s’occuper notamment de l’exploitation informatique de la ville de Grenoble et du CCAS. Cette société est un GIE (groupement d’intérêt économique), c’est-à-dire qu’elle est financée par de l’argent public, mais que les salariés sont en contrat privé. Tout bénéf. Règne alors une certaine « autogestion » : la mairie qui finance n’a pas de droit de regard sur le montant des salaires – très élevés (2700 euros au minimum).
On dépasse les 3000 euros net sans compétences particulières. Le dernier traitement de l’administratrice était ainsi à 6000 euros net. Les salaires ont parfois bénéficié de 5 % d’augmentation annuelle.
à partir de 2003, le maire Destot décide de commencer à mettre fin à cette gabegie, en remplaçant tous les départs à la retraite par des fonctionnaires, aux salaires encadrés. Pendant des années cohabitent donc de grandes disparités dans les salaires : certains fonctionnaires recrutés en tant qu’ingénieurs touchent 1500 euros net tandis que le détenteur d’un CAP en comptabilité émarge à 3200 euros.
En 2014, Piolle met définitivement fin au GIE à l’occasion du transfert de certaines compétences à la Métropole au début de l’année 2016. Le problème, c’est qu’il reste encore quelques contrats de droits privés. Piolle leur laisse le choix entre leur réembauche en CDI avec un salaire « normal » ou la démission.
S’ensuit une bataille juridique entre Agir et la ville, sur les statuts et les salaires. L’avocat des salariés est payé par Agir (qui est financé par des fonds publics, rappelez-vous), tandis que celui de la ville vient de Valence pour éviter un conflit d’intérêt. Le tribunal statue sur des baisses de salaire de « seulement » 5 et 10 % pour la reprise en CDI. Neuf personnes rejoignent alors la ville. Au final : un ingénieur (réel celui-ci) est parti, un autre salarié en âge de la retraite également, une comptable est prolongée comme consultante, quatre sont réembauchés avec des CDD de 2 à 3 mois, tous avec des baisses de salaires de 30%.
Mais huit autres refusent le CDI et se font donc licencier au 31 décembre 2015. Sauf que le service juridique de la ville ne semble pas bien doué : l’avocat d’Agir porte l’affaire au tribunal administratif pour vice de forme (concernant les dates de notification données aux salariés) et gagne des montants d’indemnité astronomiques. La ville doit payer 500 000 euros (soit plus que la Fête des Tuiles !) pour huit salariés, dont trois sont en âge de la retraite. L’administratrice, à elle seule, touche un peu plus de 100.000 euros.
Le pompon, c’est que pendant les trois premiers mois de 2016, la ville n’a pas le droit de réembaucher des personnes sur les postes des personnes salariées. Ceux qui restent ont donc dû trimer sec : ont-ils pensé à leurs anciens collègues, qui se sont certainement payés de bonnes vacances ?


Des services civiques à la rescousse du Linky ?

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On a raconté dans le n°35 comment ERDF rencontrait des résistances pour imposer le compteur Linky aux habitants de Fontaine, Echirolles, Saint-Martin-d’Hères et Pont-de-Claix. Cette pauvre petite entreprise galère tellement qu’elle compte maintenant sur des jeunes volontaires en service civique pour lui faciliter la tâche. Le ministère de l’écologie a lancé dernièrement des missions de service civique intitulées « Volontaires de la transition énergétique – sensibiliser les habitants aux enjeux environnementaux et à la maîtrise de leur consommation énergétique ». Suite à un appel à candidatures pour financer ces missions, c’est ERDF qui s’est montré volontaire pour apporter de l’oseille. D’une manière totalement désintéressée ? Dans la description de ces « missions », il n’est nulle part fait mention des compteurs Linky, qu’ERDF tente de déployer depuis bientôt un an. Mais les villes ciblées par cette campagne correspondent, comme par hasard, aux communes où le compteur est installé, et où de nombreuses portes d’habitants restent fermées : Échirolles, Pont-de-Claix, Fontaine. L’antenne d’Unis-Cité Isère, qui s’occupe des services civiques, a refusé de prendre en charge ce programme : « cela ne correspond pas à une mission de service civique pour nous » explique un membre de cette antenne. « Ils ne font pas apparaître le compteur Linky mais il en sera quand même beaucoup question, même si d’autres sujets seront abordés. Et puis c’est bizarre : ERDF supprime des emplois de releveur et veut faire bosser des jeunes gratuitement ». C’est donc l’antenne Unis-Cité Rhône-alpes qui s’occupe de recruter vingt-quatre volontaires pour aller prêcher la bonne parole éco-technicienne aux bas des immeubles. Le responsable du programme nous assure que « les volontaires n’ont pas pour tâche de vendre du Linky, ce qui n’aurait pas de sens, mais de sensibiliser aux thématiques environnementales de façon large ». Les volontaires vont-ils donc parvenir à faire comprendre aux habitants que la bonne poubelle dans laquelle il faut jeter le compteur Linky, c’est la poubelle jaune fluo ?

Pour des transports en commun aux ordres des patrons ?

On a déjà parlé de Jean Sivardière, l’ancien président de l’ADTC (association pour le développement des transports en commun) en raillant son amour pour le projet dévastateur du TGV Lyon-Turin et sa haine des salariés de la SNCF pas suffisamment « productifs » (voir Le Postillon n°21 et 31). Il n’est visiblement pas le seul au sein de l’ADTC à avoir une vision très libérale du militantisme pour les transports en commun. Dans l’ADTC infos n°148 (juin 2016), on trouve un article pro-Lyon-Turin et une diatribe contre ces salauds de grévistes. Un certain Alexis Grabit dénonce à propos du mouvement social du printemps : « ces grèves à répétition exaspèrent de plus en plus les usagers qui doivent déjà faire face à d’autres problèmes. Plus les grèves se poursuivent, plus les usagers conserveront leur nouveau moyen de mobilité, délaissant le train. À une époque où il devient nécessaire de réduire l’utilisation de la voiture, ces grèves ne favorisent pas la transition énergétique ». Avec ce genre de discours, les manifestants et tous ceux qui se battent pour leurs conditions de travail seront bientôt responsables du trou de la couche d’ozone et de la fonte des banquises. Les écolo-libéraux veulent plus de transports en commun, mais conduits uniquement par des moutons obéissants. Deux mois plus tard, l’ADTC dénonçait avec virulence : « Pas moins de 20 TER par jour sont supprimés autour de Grenoble depuis ce lundi 29 août. Ces suppressions sont effectuées en toute discrétion puisque les usagers les découvrent en consultant les nouvelles fiches horaires qui viennent de sortir. » Pourtant il semble bien que les syndicats n’y soient pour rien. La direction de la SNCF, qui préfère sous-traiter plutôt que d’embaucher, se défend en invoquant des difficultés de recrutement, des départs en retraite et la nécessité de formation sur de nouveaux matériels. Les grévistes ne sont donc pas responsables de toutes les dégradations du service public ?


Confesson en pleine
lutte des places

Toujours prompt à s’afficher en « résistant » face à l’extrême droite et à tous les méchants, le jeune conseiller municipal Alan Confesson a, par contre, des fois peur du peuple. Pendant les séances du conseil municipal de Grenoble, il était auparavant placé juste à côté du public. Aussitôt après l’annonce du plan de « sauvegarde » de la mairie de Grenoble et en prévision de futurs conseils municipaux agités, Confesson a fait une demande à ses collègues élus : ce membre du parti de gauche voulait à tout prix changer de place. Un vœu exaucé : au conseil municipal du 11 juillet, il avait changé de place, et dix de ses collègues élus le séparaient de la plèbe. Seule la lutte des places paie !


Le recrutement augmenté

Samantha (pseudo) a récemment postulé pour bosser dans un centre d’hébergement de personnes précaires et/ou migrantes. Suite à un premier entretien avec la directrice, il lui a été demandé de faire un « test d’évaluation des compétences comportementales en milieu professionnel ». Une série de 70 questions auxquelles répondre toute seule derrière son ordinateur « sans réfléchir ». Commercialisé par l’entreprise PerformanSe (une notion tellement importante dans le travail social !), ce test permet soi-disant aux employeurs « d’optimiser leurs décisions sur la base de données fiables et justes et d’augmenter la performance de leurs entreprises ». En guise de « données fiables », la chercheuse d’emploi a dû répondre « rapidement » à des questions du type :
« - Je recherche surtout : à être obligeante et serviable / à conserver mon indépendance.

  • L’enthousiasme est pour moi : une condition indispensable pour bien réussir / un emballement ou une excitation passagère.
  • Lorsque je rencontre une opposition : Je discute fermement sans craindre d’éventuelles tensions / Je recherche un accord pour maintenir une bonne ambiance.
  • Quelle est la proposition qui vous correspond le mieux ? J’ai l’habitude d’aller jusqu’au bout de mes idées / j’évolue et je m’enrichis en écoutant les autres. » Autant de questions qui permettent d’obtenir un bilan généré instantanément par un logiciel. Un bilan censé « instaurer une relation de confiance et de communication » entre l’employeur et l’employée ; et surtout permettre à l’employeur « de détecter d’éventuelles incompatibilités au niveau des qualités humaines attendues ». Samantha n’en revient pas : « Je trouve fou qu’une structure sociale fasse davantage confiance à un programme informatique qu’à la rencontre. Je fais du travail social parce que je crois en l’humain. Je ne souhaite pas être examinée comme un individu statistique dont il faudrait optimiser les compétences. Si on considère l’humain comme un facteur d’erreur - puisque certaines directions ont besoin de logiciels pour recruter - pourquoi ne pas remplacer carrément les travailleurs sociaux par des logiciels d’accompagnement ? » Et les patrons ? Ils en diraient quoi d’être remplacés par des logiciels ?