Imaginez. Un président de la République promeut pendant des années l’Alcoolic Nation, l’État débloque des milliards d’euros d’argent public pour les fabricants de liqueur, transforme tous les services publics ne fonctionnant qu’à l’eau fraîche en leur imposant l’usage des ballons de rouge et autres cocktails alcoolisés. Presque tout le monde applaudit et suit la même ligne, les élus locaux se vantent d’introduire des boissons alcoolisées dans les établissements scolaires, les métropoles se battent pour savoir quelle est la meilleure alcoolopole, et les journalistes s’émerveillent des promesses de l’alcoolisation générale en assénant qu’on n’a pas le choix, si ce n’est pas nous qui concoctons cette boisson apéritive ce seront les autres et que de toute façon personne n’a envie de retourner au sirop de pissenlit. Un journal local, Le Dauphiné Libéré, se met même à organiser, en partenariat avec tous les fabricants de vins, bières et autres alcools forts un festival intitulé « Alcool & Fest », proclamant fièrement : « Défendons un alcool collectif, par tous et pour tous, un alcool qui crée l’enthousiasme, suscite les vocations, fait notre fierté commune, un alcool qui nous projette dans un avenir plus vertueux ».
Et puis un beau jour, le groupe de ce journal réalise un entretien avec ce président de la République qui prétend prendre des mesures pour protéger « la démocratie à l’épreuve des demi-picons et des shooters ». Aujourd’hui alarmiste, il improvise quelques annonces comme l’interdiction de l’alcool dans les lycées (qui ont été pourtant poussés par l’État de s’équiper de tireuses et d’alambics) : « Avant 15-16 ans, les boissons alcoolisées ne sont pas une bonne chose car on n’a pas consolidé suffisamment sur le plan affectif, émotionnel et cognitif. Le cerveau n’est pas mûr pour être exposé à cela. » Et les journalistes du Dauphiné Libéré et des autres médias relaient ces annonces avec le même enthousiasme avec lequel ils vantent les mérites de tel fabricant de Gin Tonic. Et personne, ni les politiques ni les médias, ne s’interroge sur sa responsabilité dans la fuite en avant alcoolique.
C’est vraiment pas crédible mais imaginez quand même.
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