Accueil > Octobre 2016 / N°37

Comboire le calice jusqu’à la lie

Pas besoin de partir à l’autre bout du monde pour passer de bonnes vacances. Deux reporters du Postillon se sont complètement dépaysés en allant passer 24 heures dans le plus grand centre commercial de l’agglomération grenobloise, l’Espace Comboire. Saviez-vous que Jean-Jacques Rousseau s’était promené vers Comboire ? Que le premier centre Leclerc en dehors de la Bretagne s’est installé à Grenoble ? Que l’écologiste André Gorz a fait l’apologie de ces « centres de distribution » ? Que de nouveaux supermarchés s’installent toujours dans l’agglomération ? Que les commerçants des centres-villes ne sont pas près de voir revenir leur clientèle ? Allez, zou, en route pour vingt-quatre heures trépidantes.

Au Postillon, on fait du journalisme engagé.
On n’hésite pas à prendre des risques, dépasser nos limites. On ne recule devant rien, même un repas à Flunch.

Un p’tit sauté de veau, mais surtout des légumes, pâtes, frites, pommes dauphines, purées à volonté. Autant qu’on veut. Alors on y retourne deux fois. Puis on regrette : c’est globalement dégueulasse et à la longue ça fait mal au ventre. Tant pis : le journalisme d’investigation impose des épreuves.

Notre sujet d’enquête ? Passer vingt-quatre heures à Comboire, la plus grande zone commerciale de l’agglomération grenobloise, sur la commune d’Echirolles. De ce samedi 27 août 11h au dimanche 11h. En plein état d’urgence, on est venu ausculter de près « la seule liberté que les hommes sont encore à même d’imaginer : la liberté de choix devant les rayons des supermarchés. » (Groupe Krisis, Manifeste contre le travail). Des petites vacances dans ce centre commercial en pleine canicule, ça fait rêver, non ?

Si on est là, c’est notamment grâce à un homme : Jean-Claude Morice. Le genre d’énergumène injustement méconnu qui a changé la vie de milliers d’autres. Soixante-seize années au compteur, il dirige depuis les années 1980 le Leclerc de Comboire. C’est ce gigantesque supermarché qui a permis le développement de la zone commerciale, pour le plus grand bonheur des cent-quatre-vingts autres enseignes présentes ici. Forcément, ça force l’admiration de ses collègues, comme Lionel qui tient le magasin « La Dolce vita a casa » : « le gars de Leclerc quand il est arrivé il n’y avait rien autour, c’était des marécages. Il est parvenu à drainer tout le monde ici ». Si Lionel a installé son magasin de revente de produits italiens ici, et accepte de payer « un loyer de plusiuers milliers d’euros », c’est « parce que c’est pratique, les gens peuvent se garer facilement. Avant j’avais un commerce au centre-ville, mais c’était trop luxueux pour Grenoble. Et puis le centre-ville, ça se dégrade depuis déjà pas mal d’années. » D’autres personnes sont un peu plus critiques au sujet de Morice. « Il se prend pour le roi, lâche un connaisseur. Il estime que c’est grâce à lui si cette zone existe et il méprise les autres. Même dans les sens de circulation, tout est fait pour que cela amène un maximum de monde à Leclerc. C’est à cause de lui que les commerçants ne sont pas unis et ne font rien ensemble : ça ne l’intéresse pas. Pour lui tous les autres sont juste des concurrents. »

Morice est donc un personnage, mais n’aime pas parler de lui. Il semble qu’il ait fait sienne la philosophie « pour se faire plein de blé, vivons cachés ». Impossible de le joindre par téléphone. Sur internet, on ne trouve que la liste très longue des sociétés dont il est gérant ou directeur général (coopérative d’approvisionnement Rhône-Alpes, Sofidis, Aime distribution, Comboire distribution, Comboire voyages, SCI de la gare de Moirans, SCI du Drac, etc ). A Leclerc « vous achetez moins cher », mais ça rapporte gros à certains.

Rousseau, es-tu là ?

Avant que ces cinquante hectares ne soient remplis de parkings et de bâtiments rectangulaires en tôle, on parlait de cet endroit comme d’un « espace délaissé ». C’est-à-dire qu’il y avait seulement des arbres, des fleurs, des animaux dont des écureuils : le nom d’Echirolles vient d’ailleurs de cet animal présent en masse quand la commune avait plus de chênes et de hêtres que de barres d’immeubles. Bref, rien de très intéressant : à peine de quoi en faire un champ de tir pour l’armée. Il faut dire que la zone est coincée entre l’autoroute A480 et la tempétueuse rivière Drac.

Même s’il n’y avait « rien », il s’est passé un événement d’une grandissime importance sur ces terres. D’ailleurs, il fait toujours couler de l’encre, près de deux cent cinquante années plus tard. Au mois d’août 1768, Jean-Jacques Rousseau lui-même vient se promener sur les bords de ce Drac. Dix ans plus tard, il raconte dans les Rêveries d’un promeneur solitaire, publié après sa mort, comment il a failli s’empoisonner en mangeant des baies d’argousier lors de cette promenade, avant d’être prévenu par un passant qu’il s’agissait de produits toxiques. Au passage, il fait passer celui qui l’accompagnait, un certain Gaspard Bovier, pour un idiot représentatif de « l’humilité dauphinoise » en rapportant ce dialogue : « Pourquoi donc ne m’avertissiez-vous pas ? - Ah, monsieur, me répondit-il d’un ton respectueux, je n’osais pas prendre cette liberté. »
Découvrant ces lignes des années plus tard, ce sieur Bovier enrage et écrit le Journal du séjour de Jean-Jacques Rousseau à Grenoble (récemment réédité aux éditions PUG). Pour tenter de sauver son honneur, il affirme que la scène ne s’était pas du tout déroulée comme ça et que Rousseau, d’un caractère généralement désagréable, connaissait les qualités de ces baies. D’ailleurs, ces fruits ne sont pas du tout toxiques et même très bons pour la santé : le botaniste Dominique Villars s’était fendu d’un long texte à l’époque pour contredire les affirmations de Rousseau. Comme quoi, il y a deux cent cinquante ans aussi, la vie intellectuelle pouvait être animée par des polémiques futiles, même si elles sont quand même moins sinistres que celles d’aujourd’hui.
« Il n’y a point naturellement pour l’homme de médecin plus sûr que son propre appétit. » Rousseau a dit par ailleurs plein de choses intelligentes. En sortant de Flunch, on se promet « plus jamais ça » et pour tenter de digérer, on va visiter Keep Cool, une des deux salles de fitness de la zone commerciale. Geoffrey, un « coach Fitness », nous explique que le secteur est en pleine expansion : « Dans mon école de coach de fitness, il y avait huit ou neuf élèves il y a trois ans. Cette année il y en a trente. En onze ans, Keep Cool a lancé 158 salles en France ». Selon lui, cet engouement est dû au fait que les gens réalisent de plus en plus que l’exercice physique est bon pour la santé. Viennent-ils donc ici à vélo ou à pied ? « Non, on a pas mal de salariés de la zone comme clients et puis la plupart des gens prennent la voiture pour venir courir ici ».
Avec les zones commerciales, les gens prennent leur voiture pour soigner leur corps et même pour sauver la planète en achetant des produits bio au grand magasin Satoriz de Comboire. En traînant dans ses rayons, on remarque la présence de « jus d’argousier » produit dans les Hautes-Alpes, disponible pour 9,90 euros seulement. Seuls les férus d’histoire que nous sommes semblent se rendre compte de l’hommage à Rousseau que représente la présence de ce produit ici.

à ce propos, il y a un pan de l’histoire qui semble un peu délaissé : celle des centres commerciaux. Les quartiers, les grands équipements culturels ou sportifs, sont supports à quantité de récits historiques. Concernant Comboire, il est très difficile de trouver la moindre information. L’existence de ce centre commercial va de soi, et la mémoire commune a oublié ce que sa naissance a impliqué et supprimé.

Grenoble, terre d’innovation aussi pour les supermarchés

Car le développement des centres commerciaux n’est pas un long fleuve tranquille. Quand Edouard Leclerc ouvre ses premiers magasins dans les années 1950, nombre de commerçants, relayés par des politiques, s’inquiètent de cette « concurrence déloyale » que suppose le concept de la « vente au prix de gros ». Le premier endroit où Leclerc va s’installer en dehors de la Bretagne est à ... Grenoble. En 1958, il ouvre sur le cours Jean Jaurès un « centre de distribution de produits alimentaires E. Leclerc », comme ça s’appelait à l’époque. Un article de l’Express (2 avril 1959) nous apprend qu’il a été invité en Isère par des ingénieurs grenoblois de Merlin-Gerin, qui étaient « révoltés par le coût élevé de la distribution », considéré comme un des « freins les plus puissants à l’expansion et à la modernisation de l’économie ».
Pour ces ingénieurs, les prix sont trop élevés car il y a trop de commerces en France, et en particulier à Grenoble : « une épicerie pour 200 habitants » [soit 700 épiceries pour les 140 000 habitants de l’époque] et un « commerce alimentaire pour 103 habitants ». Les commerçants ne vendent donc pas assez et sont obligés d’avoir des prix élevés : d’où l’appel à Leclerc, qui propose des prix 20 % moins chers que les autres commerces, ce qui devrait permettre d’ « améliorer le pouvoir d’achat ». Dans cet article, un petit détaillant prévoit le futur que promet ce genre de commerces : « si vous voulez éliminer tous les petits commerçants au profit d’une dizaine de centres Leclerc, il vous faut aussi accepter les conséquences : vous ferez des kilomètres pour remplir votre panier ».
Une clairvoyance que n’avait pas le journaliste de l’Express : lui s’extasie devant la « frénésie de la concurrence » et affirme que Leclerc a lancé une « initiative désintéressée », « mû par des préoccupations autres que commerciales ». Alors que Leclerc est aujourd’hui une des plus grandes fortunes françaises, ce jugement est d’autant plus surprenant que l’auteur de l’article est un certain Michel Bosquet, pseudonyme du philosophe et journaliste André Gorz. Ce pionnier de l’ « écologie politique » est notamment connu pour avoir vivement critiqué le capitalisme et « l’idéologie sociale de la bagnole », un engin presque obligatoire pour se rendre dans les zones commerciales où se trouve aujourd’hui la majorité des Leclerc.

Des années plus tard, les commerçants ont bien compris la menace que représente la machine de guerre de Leclerc. Alors que le Leclerc de Comboire ouvre en mars 1986, en même temps qu’un supermarché « Continent » (depuis racheté par Carrefour) à Saint-Egrève, un directeur de magasin prévient : « il va y avoir de la viande au plafond » (Le Monde, 25/02/1986).

« Sans voleurs, on n’aurait pas de boulot »

On avait choisi de venir un samedi, juste avant la rentrée, pour être en plein pic d’affluence. En fait, on s’est planté : ce samedi-là il faisait beau, alors que comme nous l’a dit un restaurateur : « samedi dernier, il y avait beaucoup de monde parce qu’il faisait mauvais temps et parce qu’il y avait des gros bouchons sur la rocade à cause des retours de vacances. Et dès qu’il y a des bouchons, la zone commerciale se remplit. »
Il est difficile de parler avec des travailleurs dans un centre commercial. Tous sont sous pression, bien occupés, pas prêts à se laisser distraire par deux âmes en peine errant sans but. Tous, sauf les vigiles, seules personnes traînant aussi sous les néons en s’ennuyant un peu. On tombe sur Mamadou, un vigile excessivement sympathique. Il nous explique comment ça marche, Leclerc : « le jeudi c’est blindé parce qu’il y a des réductions de 10 % à partir de 50 euros. Il y a même la queue avant l’ouverture du magasin à 8h30 pour en profiter. Les promotions font énormément venir les gens. Le mardi, il y a des promos sur la viande, et il y a aussi du monde. Les jeudi, il y a même des ‘‘ caddies boys’’, qui s’occupent de ramener les chariots aux entrées dès qu’ils sont inutiles parce que sinon avec nos 1100 chariots, on est vite en pénurie ». Lui est « content de travailler ici. C’est plus tranquille qu’à Grand’Place et puis c’est toujours les mêmes clients, à force tu les connais, avec le temps, il y a des relations qui se créent. Depuis que j’ai commencé à faire de la sécu, j’ai beaucoup appris. Auparavant j’étais timide » Et les voleurs ? « On le souhaite aussi qu’il y ait des voleurs. Sinon on n’aurait pas de boulot... », répond-il malicieusement. Et toi, tu viens faire tes courses ici ? « Ah non moi je suis anticonsommateur, altermondialiste, répond le vigile. Je n’achète que ce dont j’ai besoin et me méfie des publicités mensongères... »

On zone pour tenter de rencontrer d’autres personnes aussi sympathiques. Les commerçants, même les vendeurs de vélos ou de bières, ne sont pas vraiment accueillants. Au drive de Leclerc, le vigile est cette fois un vrai con et nous jette manu militari : deux personnes à pied dans un drive, c’est forcément louche et de toute façon « c’est interdit de parler avec les salariés ». A Dream’s Darling, un love shop, la vendeuse nous apprend seulement que c’est bien pratique d’être dans cette zone commerciale, car l’entrée est plus discrète qu’au centre-ville et que cela permet à de nombreux clients non-habitués (majoritairement des couples) de franchir la porte.

Et puis, on tombe sur les habitations de Comboire. Oui, car en plein milieu de la zone commerciale, il y a une petite dizaine de logements sociaux. Il n’y avait personne en cette fin août, à part un jeune charpentier installé là depuis quelques mois et très content d’habiter dans ce cadre atypique. En nous offrant une bière, il nous assure qu’il y a de très bonnes relations entre voisins de ce micro-quartier, et qu’habiter ici permet de faire ses courses facilement. Le seul inconvénient ? Les bruits des rencontres de tuning ayant lieu régulièrement les soirs de week-end sur les parkings de la zone.

En sortant, on voulait encore boire, forcément. Mais c’est pas facile. Dans ces cent quatre-vingts commerces, il n’y a pas un seul bar du soir. Alors on tente notre chance au MacDo. En bon crypto-babos, on hallucine en rentrant dedans. Il est 21h30 un samedi soir et il y a un monde fou : des familles, des bandes de jeunes, ont pris leur voiture pour aller se faire un MacDo. Des fois, c’est douloureux de se rendre compte à quel point on est loin de la « masse ».
Et puis, nous, on n’avait jamais vu tous ces écrans, ayant remplacé les humains qui auparavant prenaient les commandes. On essaye de surfer dessus pour avoir une bière, mais on n’y arrive pas. Un salarié nous explique que c’est pas possible : il faut commander un menu pour avoir le droit de picoler.
Après avoir essuyé le même échec au KFC et ses odeurs de graillons, on se rabat finalement sur Flunch, qui malgré tout le mal qu’on en a pensé le midi offre quand même de multiples avantages. Déjà, on parle à de véritables humains pour passer commande, et surtout ils acceptent de servir de la bière sans menu. Les chaînes de restauration françaises, c’est quand même mieux que les ricaines.

Il est 22h30, et c’est pas vraiment Saturday Night Fever. Les seuls humains qu’on croise sur la zone sont des automobilistes ou des vigiles, surveillant cet amas d’entrepôts ou de simples humains comme nous n’ont aucune place en dehors des horaires d’ouverture. Avant, un des avantages des zones commerciales, c’était que leurs poubelles regorgeaient d’objets récupérables. Maintenant, même les poubelles sont sécurisées, inaccessibles : il n’y a plus de failles pour dévier du rôle de consommateur qui nous est assigné.

Malgré cette ambiance sinistre, les zones commerciales comme Comboire pètent la forme. L’automne dernier, un nouveau « village d’entreprises », regroupant 34 entités, est inauguré dans la zone commerciale. « Selon Fabrice Hugelé, maire de Seyssins et vice-président à l’économie de la métropole, l’agglomération avait besoin de ce type d’opérations, face à un patrimoine immobilier aujourd’hui vieillissant et qui ne colle pas forcément aux besoins des PME/PMI : ‘‘Aujourd’hui, ce sont des centaines de milliers de mètres carrés qui ne trouvent pas preneurs sur l’agglomération’’ ». (Acteurs de l’économie, 26/10/2015). Au lieu de remplir les « centaines de milliers de mètres carrés » vides, on préfère construire des nouveaux bâtiments rectangulaires en tôle avec les mêmes parkings et les mêmes « services » que partout ailleurs. C’est même Grenoble Habitat, un bailleur social présidé par l’écologiste Maryvonne Boileau, qui a conduit cette opération.

Comboire ou dormir, il faut choisir

Il est 23 heures, et on traîne notre déprime mollement, jusqu’à arriver devant le restaurant-parc de jeux La Table des Pirates. De la musique, deux bars extérieurs, plein de gens : il y a une grosse soirée. Résurrection !
C’est marrant des fois, les contrastes. En temps normal, on serait sans doute passés à côté de cette fête en détournant à peine le regard. Mais en sortant de l’abîme social que représente Comboire le soir, cette sauterie représente une oasis salvatrice, voire un Olympe inespéré (si, si) : il n’y a pas d’écran, pas de vigile et plein d’humains qui ont l’air de s’amuser.
En fait c’est la troisième mi-temps : les deux patrons sont d’anciens rugbymen et après chaque match du FCG, ils organisent une fête. Ce soir, Grenoble a perdu, alors ce n’est pas l’euphorie, mais ça n’empêche pas de vider les fûts et les verres de mojito. Il y a même Fabrice Landreau, l’ancien entraîneur du FCG, qui est là, quelques heures après avoir fait des « adieux émouvants » au stade des Alpes.

Nous, on est tellement contents qu’on se donne à fond, en levant le coude et les jambes : alors que personne ne dansait, l’un de nous (mais pas moi) commence à investir la piste de danse tout seul avec son style caractéristique. En quelques minutes des dizaines de personnes le rejoignent. Le morceau d’après, il fait son mea-culpa : « ah merde, je crois que je suis un peu sorti de notre rôle de journaliste-observateur : j’ai influé sur la réalité, là ». Heureusement, notre « influence » s’arrêtera là, et on ne parviendra même pas à inviter une fille à danser. Il faut dire qu’à côté des chemises blanches de la plupart des fêtards (c’est « soirée feria » ce soir), on fait un peu tache. Vu que personne n’a la délicatesse de nous remercier d’avoir mis l’ambiance en nous payant un coup, on hésite à partir. On invoque Rousseau, en se demandant ce qu’il aurait fait à notre place. « Il aurait dit ‘‘quelle musique de merde !’’ ». C’est vrai, alors on se barre. Ça tombe bien, la police municipale arrive.

Loin d’être passées de mode, d’autres zones commerciales dans le genre de Comboire se créent régulièrement. L’année dernière, la CDAC (commission départementale d’aménagement commercial) a donné un avis favorable à l’implantation d’une enseigne Leclerc à Moirans. Ce projet d’un ensemble commercial de 5000 m2 est porté par le directeur du Leclerc de Comboire Jean-Claude Morice (encore lui) et devrait ouvrir d’ici 2018.

Les paupières ont du mal à se décoller pour observer le muffin et le « Mc-café ». Le dimanche matin, la zone est à peu près aussi morne et glauque que le samedi soir. Après avoir dormi quelques petites heures à la belle étoile au bord du Drac, on a été réveillés par des joggeurs, avant de se traîner jusqu’au Mac Do. Et même à cette heure matinale, il y a du monde. Impossible de savoir combien de milliers de personnes viennent dans cet établissement par jour : ni les salariés, ni le « service comptable » n’ont voulu nous donner de chiffres - qui ont l’air d’être secrètement gardés au chaud. Au Flunch, 600 - 700 personnes les jours de semaine et 1 000 - 1 200 le samedi viennent manger, selon un salarié. Il paraît que le Leclerc est le « deuxième » de France en terme de chiffre d’affaires, sans qu’il soit possible, là aussi, d’avoir des chiffres. Près de trois cents personnes employées, des dizaines de milliers de personnes poussant leur caddie chaque jour. C’est toujours ça que les commerces de proximité n’auront pas.