Comme celle du bonheur, la recherche de l’équilibre à l’intérieur d’un numéro est une quête toujours inaboutie. À chaque fois, on aimerait par exemple qu’il y ait un mélange entre des sujets grenoblois très urbains et d’autres plus campagnards ou montagnards. Il y a six mois, en pensant aux élections municipales, on imaginait écrire sur la campagne grenobloise et puis aussi sur celle d’autres petites villes, voire de bleds paumés. Résultat : on aura parlé uniquement de Grenoble (en tous cas avant les élections, n’hésitez pas à nous raconter des croustilles sur la campagne municipale de votre patelin pour nos prochains numéros). Mais promis : dans le numéro d’été, on va sortir de la cuvette et prendre l’air ! Et puis au moins dans ce focus électoral grenoblois, on aura trouvé, depuis trois numéros, un bon équilibre (il nous semble) entre papiers sardoniques sur les politiciens (pages 4 à 7) et reportages curieux autour de l’abstention (page 8 à 11).
Par contre, autre recherche d’équilibre inaboutie : le mélange entre notre obsession, la critique des nouvelles technologies, et des sujets plus sociaux. Bon, force est de constater que pour ce numéro 80, la balance penche encore fortement du côté de la première catégorie. En même temps, au moment de le boucler, on trouve qu’une certaine unité se dégage : le déferlement de l’intelligence artificielle, auquel ne s’oppose aucun politicien local ou national (page 4), profite d’une certaine résignation, comme si on n’avait « pas le choix », alors que la seule sagesse possible, c’est de renoncer à la puissance destructrice de l’IA et de s’opposer à la construction de ce monde totalitaire (page 20). Car l’horizon fascisant de la fuite en avant technologique est de plus en plus clair : non seulement les grands argentiers d’extrême droite tirent une partie de leur fortune des aubaines du capital-investissement autour des start-ups (page 23) mais en plus le numérique est avant tout un outil de flicage, comme le montrent les prouesses de Capgemini, société d’origine grenobloise, pour aider la police de l’immigration des États-Unis (page 19). Alors, peut-être est-on en déséquilibre, mais ça nous permet d’avancer vers une critique plus aiguisée et pertinente. En espérant qu’elle vous nourrisse et qu’elle vous évite de vous tromper de chemin dans votre quête (forcément inaboutie) du bonheur.
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