Accueil > Décembre 2012 / N°18

Les bibliothèques militent pour la presse gratuite

À l’occasion de la sortie du dernier Postillon, nous avons réalisé une campagne d’affichage fustigeant notre absence des bibliothèques municipales. Les affiches attrapaient l’œil avec un gros titre «  Le Postillon censuré par les bibliothèques de Grenoble », et un petit texte expliquait la situation. A savoir que depuis plus de trois ans, nous demandons que Le Postillon soit mis à la libre-disposition des lecteurs des bibliothèques, et que cela nous a toujours été refusé. Nous avons demandé à la direction des bibliothèques de nous expliquer les causes de ce rejet mais elle ne nous a jamais répondu.
Cette campagne d’affichage a été bien plus efficace que trois ans de patience et de courtoisie. A croire que ce n’est pas la censure qui dérange les bibliothécaires, mais le simple fait qu’elle soit rendue publique.
Suite aux affiches, nous avons reçu une demande d’abonnement de la part de la bibliothèque d’étude. Un bon début, mais il y a quand même treize autres bibliothèques. Depuis, plus de nouvelles. Des bibliothécaires nous ont juste appris que la présence du Postillon a été discuté en réunion, mais sans que l’on connaisse le résultat.
Nous avons donc réessayé d’en poser dans certaines bibliothèques mais nous sommes heurtés encore une fois à différentes réponses des responsables (hormis à Saint-Bruno ou il devrait être prochainement à la disposition des lecteurs). Nous vous passons les détails des discussions pour aboutir directement à la dernière étape : un coup de fil à Christine Carrier, la directrice des bibliothèques. Elle, qui n’a jamais pris la peine de répondre à notre courrier électronique, s’est dit « très contente de nous avoir au téléphone » car elle a été «  extrêmement choquée » par notre campagne d’affichage « d’une violence incroyable ». Elle nous a assuré quelle « était bien entendu pour la liberté de la presse », raison pour laquelle il avait été finalement décidé d’accepter de nous mettre à la disposition des lecteurs à la bibliothèque d’études. Mais que par contre, les autres bibliothèques ne s’abonneront pas. Pourquoi ? Parce que dans les bibliothèques de quartier, il n’y a que de «  l’information très grand public », « très peu de presse locale » que notre journal est très «  orienté » et qu’il faut donc qu’il soit « accompagné d’autres choses ». Sous-entendu : les usagers des bibliothèques de quartier sont trop bêtes pour se faire leur propre avis, et il faut donc uniquement leur fournir de «  l’information grand public » non engagée. Au passage, remarquons que Le Daubé, journal «  très orienté » dans le sens du vent est présent dans toutes les bibliothèques sans qu’il ne soit «  accompagné d’autres choses » et que cela ne semble pas déranger Carrier. Ou que Les Affiches de Grenoble, brûlot ultralibéral hebdomadaire, se retrouve dans trois bibliothèques de quartier sans que la directrice des bibliothèques ne s’inquiète du formatage politique qu’il pourrait occasionner.
Finalement, Carrier nous répète que nous n’avons pas notre place dans «  l’espace presse », mais que, dans sa grande mansuétude, elle nous propose d’en laisser à l’entrée de bibliothèques avec les sacs-à-pub gratuits, Le Petit Bulletin, Grenews, ou Spot.
Ainsi fonctionnent les bibliothèques de Grenoble, prêts à accueillir la presse gratuite (donc vendue) à bras ouverts, mais rechignant à faire une place à de la presse indépendante (donc payante). Préférant s’abonner à des journaux nationaux débordants de publicités, comme Le Point, Le Nouvel Obs, ou Télérama, qu’à des journaux locaux.
Ne pas vouloir mettre à la libre-disposition des lecteurs de l’information critique, c’est un choix politique. Comme celui d’investir des centaines de milliers d’euros afin de devenir pour le ministère de la Culture une «  bibliothèque numérique de référence » (Le Daubé, 10/06/2012) plutôt que de se préoccuper des journaux papier, ces objets du XXème siècle en voie de disparition.
A suivre...