Accueil > Mai / Juin 2013 / N°20

Philippe De Longevialle, celui qui dit qui y est pas

Presque aussi fort que Jérôme Cahuzac - l’ex ministre du Budget qui fraude l’impôt - Philippe de Longevialle est adjoint à l’Urbanisme de Grenoble, mais n’habite pas dans la ville qu’il construit. Il possède bien une maison avec jardin à Grenoble, une de ces charmantes vieilleries qu’il veut raser dans le reste de la ville, mais selon plusieurs témoins il n’y dort pas souvent. Lui, qui se bat pour imposer aux Grenoblois des tours de 100 mètres à Grenoble, qui justifie à longueur d’assemblées générales d’unions de quartier la nécessaire densification de la ville, qui méprise les opposants à ses projets comme étant des « stakhanovistes de la pétition » (Le Daubé, 26/04/2012) rentre très souvent à Aix-les-Bains, bourgade située à 70 kilomètres de Grenoble. Plus exactement rue de Liège, un quartier résidentiel calme et très peu dense, à moins de cinq minutes à pied de la gare SNCF.
Sa maison est une imposante bâtisse bourgeoise, avec plusieurs terrasses et un jardin que l’on devine derrière une haie végétale le protégeant des regards indiscrets des passants. Rien à voir avec les gratte-ciels qu’il aimerait voir pousser à Grenoble. Il vit dans l’un des appartements aménagés dans cette coquette demeure. Son nom figure en toutes lettres sur l’un des interphones accolés à l’entrée.

Imaginerait-on le ministre de l’Aménagement du territoire résider en Suisse ? C’est énorme mais ce n’est pas étonnant de la part de Falcon de Longevialle (de son vrai nom), qui n’a pas d’autre attachement à Grenoble que celui de vouloir y faire carrière. Il va donc où le vent de l’opportunisme le mène. Après avoir failli devenir maire de Meylan, il s’est finalement présenté à Grenoble. Ancien militant de la droite dure proche de Charles Pasqua, il est passé par Carignon (en tant que membre de son cabinet et attaché parlementaire), avant de devenir élu Modem allié au Parti socialiste en 2008.

Sa seule fidélité concerne les puissances d’argent, qu’il soutient autant qu’il peut. On l’a ainsi vu étonnamment s’afficher crânement (Le Daubé, 12/10/2012) à l’inauguration d’une nouvelle agence bancaire du Crédit agricole alors que cet «  événement » n’a rien à voir avec ses attributions. Dernier fait d’arme : son obstination à vouloir construire un hôtel quatre étoiles en face de la caserne de Bonne, bradant au passage le terrain à la multinationale Vinci. Alors que les professionnels du secteur jugent que ce nouvel équipement sera complètement inutile, lui s’entête et montre son attachement à défendre les opprimés en déclarant : «  Je pense que nous manquons de quatre étoiles haut de gamme pour la clientèle d’affaires de passage » (Le Journal des Entreprises, décembre 2010). Sans doute vit-il à Aix-les-Bains afin de s’inspirer de la cité thermale pour transformer Grenoble en un lieu de villégiature bourgeois, faisant fi de la réalité sociale de la ville. Ou peut-être fait-t-il quotidiennement les aller-retours en Savoie pour copier Jean Therme, le directeur du CEA-Grenoble, habitant de Saint-Jean-d’Arvey (voir Le Postillon n°11) et officieusement l’adjoint à l’urbanisme de Grenoble. C’est lui en effet qui a décidé du projet Giant/Presqu’île, visant à étendre le centre ville de Grenoble au milieu des laboratoires et entreprises ultra-sécurisés de la presqu’île scientifique, catalysant l’essentiel des investissements financiers (1,3 milliards d’euros devraient être dépensés). De Longevialle, qui reproche à l’ancien adjoint à l’urbanisme grenoblois Pierre Kermen de « ne pas avoir eu de vision d’ensemble » (Grenews, 04/03/2009), est en fait obligé de courir après la «  vision d’ensemble » de Jean Therme, tout en supportant les ennuyeuses réunions publiques. De quoi avoir besoin de se ressourcer au bord du lac du Bourget ?