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Crédit coopératif : les suites de l’arnaque éthique

Dans le numéro 40, on avait écrit un article dénonçant l’ Arnaque éthique au Crédit coopératif. Il a eu pas mal de succès, et on s’est servi des retours reçus pour faire des petits compléments à l’article dans les trois numéros suivants. Pour ceux qui préfèrent nous lire en s’usant les yeux derrière un écran plutôt que de nous soutenir en nous achetant en tabac-presse, voici donc quelques nouveaux éléments instructifs à propos de LA banque éthique.

Dans Le Postillon n°41

Le Crédit Coercitif

Suite à notre article sur le Crédit coopératif, plusieurs lecteurs nous ont fait part de « pratiques ahurissantes » de la part du centre grenoblois, allant pour une personne jusqu’à une radiation aux raisons inexpliquées. Certains l’ont même rebaptisé le « crédit coercitif ». Par ailleurs, un lecteur nous a fait parvenir les rémunérations des dirigeants, et c’est vrai qu’elles font rêver : Jean-Louis Bancel, président du conseil d’administration, a par exemple touché 336 000 euros pour l’année 2015, quand François Dorémus, directeur général, a eu droit à 655 000 euros en 2015, année de son départ à la retraite. Le Code du travail énonce pourtant qu’« au sein des entreprises solidaires (…) la moyenne des sommes versées aux cinq salariés ou dirigeants les mieux rémunérés n’excède pas (…) cinq fois la rémunération annuelle perçue par un salarié à temps complet ». Mais c’est vrai que le Crédit coopératif n’est pas une « entreprise solidaire », elle se définit juste comme « la banque de l’économie sociale et solidaire de ma région ». Une nuance qui lui permet d’être vraiment solidaire avec ses dévoués dirigeants.

Dans le Postillon n°42

Exclusion sans préavis à la banque coopérative

Au Crédit coopératif, la « banque de l’économie sociale et solidaire » dont on parlait dans Le Postillon n°40, on peut se faire virer du jour au lendemain. C’est ce qui est arrivé à une association grenobloise, qui nous a conté cette galère : « on a reçu un avis de clôture de compte en recommandé à l’adresse du siège en mars 2016, après 14 ans dans cette banque. Quand j’ai montré le courrier à l’employé de l’accueil, il a halluciné. Il est allé chercher un supérieur, ils étaient gênés et m’ont expliqué que le nouveau manager trouve que les assos coûtent trop cher. » Deux mois plus tard, malgré l’opposition de l’association, un chèque est envoyé par la poste - à une mauvaise adresse, et sans recommandé ! - avec l’argent restant sur le compte. Celui-ci est loin d’être à sec : « Nous disposions de plus de 4 000 € sur le compte avec un mouvement mensuel de 30 €. C’est peu certes, mais cela témoignait que l’asso n’était pas morte ou oubliée », se souvient une bénévole blasée. Depuis un an, son association galère pour ouvrir un nouveau compte : « comme on est en direction collégiale, donc sans président, il y a toujours un justificatif de plus à fournir »… Le pire, c’est que cette pratique est légale. « Pour être viré d’une banque il y a trois motifs possibles : 1 - blanchiment d’argent 2 - Incivilité 3 - Un compte qui coûte de l’argent, c’est-à-dire tout simplement un compte courant avec un chéquier. Dans le jargon des banquiers, ça s’appelle “un nettoyage de portefeuille” ». Venant de LA banque des associations, comme le crédit coop se plaît à le dire dans ses pubs, le « nettoyage » reste en travers de la gorge.
Un particulier a eu le même genre de mésaventure : au printemps 2016, Seb a reçu une lettre lui annonçant la fermeture de son compte, sans aucune explication. Au téléphone, on lui répond que la banque « n’a pas d’obligation de donner une raison ». Il parvient quand même à obtenir un rendez-vous, où un monsieur explique la fermeture par un récent mouvement trop important sur son compte : il avait retiré 5 000 euros pour aider des connaissances en galère. « Le directeur du crédit coop, très zélé, a dû vouloir se couvrir au cas où j’aurais acheté des ceintures explosives à Bricorama avec cet argent », raconte Seb. Hélas, nous n’avons pas la place ici d’étaler toutes les réactions reçues suite à cet article : nombre de lecteurs nous font part de leur sidération, et certains nous demandent même quelle banque choisir. Déçu également par les banques, Le Postillon vous propose simplement de vider votre compte et de lui confier la somme en espèces.

Réponse du Crédit coopératif

« J’ai balancé dimanche le lien vers l’article sur le Crédit coopératif [NDR : voir Le Postillon n°40] sur Facebook, et ça tourne beaucoup. Du coup le Crédit coop se fait pourrir y compris sur ses « liens sponsorisés » (payants), d’où leur réponse en mode de droit de réponse ci-dessous. En gros ils confirment tout ce qui est dit dans l’article en tortillant un peu du cul, mais on peut être rassurés, ils nous parlerons plus de canapés, comme on apprend dans cet extrait : « En revanche, vous auriez pu lire sur notre site Internet : “Envie d’un canapé neuf pour le salon ? Avec le prêt à la consommation, je peux financer toutes sortes de projets. Un excellent moyen de conserver mon épargne” : nous reconnaissons que cette formule était maladroite. Elle ne correspond pas à notre vision du crédit et nous l’avons donc modifiée. » Comme quoi, le journalisme ne sert pas à rien. » S.

Dans Le Postillon n°43

Le marketing de l’éthique

Grâce à notre conseiller bancaire à nous, on avait publié dans le numéro 41 un papier dénonçant l’arnaque éthique du Crédit Coopératif. En juin, on l’a mis sur Internet, et depuis il a eu un gros succès, en étant lu, tweeté et liké des milliers de fois par des gens qui ne sont même pas de Grenoble. Parmi les nombreux retours reçus, il y a eu celui de Raphaël :

[à propos du crédit Coopératif] j’ai l’impression que vous mélangez un peu plein de choses différentes (bien qu’elles soient liées, je vous l’accorde). Notamment quand vous parlez d’Ecofi, filiale du Crédit Coopératif dans la « finance solidaire ». Effectivement, dans leur produit « Epargne Ethique Action » on retrouve comme « mieux notée ESG » (Environnement Social Gouvernance) Vivendi en tête, Axa en 2eme, L’Oréal en 4eme... Je suis d’accord avec vous, ce sont de gros méchants. Mais le problème ici ne tient pas au Crédit Coopératif, mais bien au système boursier dans son ensemble, puisque de fait les petites boîtes n’en font pas partie. Et personnellement je suis pour la fermeture définitive de la bourse.
Toutefois, on trouve aussi sur le site d’Ecofi un rapport concernant tous les financements d’association et ONG œuvrant vraiment pour le social, le climat, etc. Choses que ne font pas les autres... Alors oui on peut dire « c’est du greenwashing » mais ce sont tout de même des actes et pas que des mots. (...)
Faire un article à charge contre le Crédit Coopératif, pourquoi pas, c’est vrai que tout n’est pas rose, on serait bien naïf de les croire sur parole, par contre, il aurait été intéressant de sourcer votre article pour permettre au lecteur de chercher par lui-même et de vérifier ce que vous dites et de rappeler que malgré tout, ça reste la moins pire en France en ce qui concerne les investissements climaticides (dans le charbon, les pipelines, etc.) puisque le Crédit Coop’ n’en finance pas directement. Et que donc c’est une solution transitoire pour faire tomber les BNP, Société Générale et autre Crédit Agricole !

Alors on a demandé à notre conseiller bancaire à nous de lui répondre. Et on vous met sa prose parce qu’on trouve que ça explique bien comment le marketing de LA banque éthique sert juste à flatter l’égologie de ses clients (dont on fait toujours partie...).

En ce qui concerne le Crédit Coop’ et sa filiale maison Ecofi, ils font en gros des sélections « best in class » dans leurs choix d’actifs, comme toutes les banques dans leurs placements « éthiques ». La différence est qu’ils se positionnent de façon très agressive en termes marketing comme LA banque éthique (voir la campagne de pub actuelle). Comme vous dites le problème réside en partie dans le système bancaire, le contrôle de la bourse, dans les notations ESG bidon, etc. Donc quel intérêt d’aller au Crédit Coop’ ? Parce qu’il mentent mieux et donnent confiance avec des sermons sur les ONG ? Cette banque tombe quand même très bas en vendant des produits qui disent ne pas être des investissements dans la fabrication d’armes, et qui en réalité investissent joyeusement dans Dassault et Siemens. En restant à l’intérieur du cadre capitaliste et sans se faire trop d’illusions, on s’attendait à ce qu’ils aillent sur des valeurs telles que Wessanen, qui fabrique et distribue des produits bio et équitable (Bjorg, Clipper...). Il y a plein d’entreprises de ce type à l’intérieur du système capitaliste. Au lieu de ça ils font acheter à leurs clients Coca-Cola et Unilever, expliquez-moi la logique, moi je la trouve pas.
Vous parlez également de « banque la moins pire » car elle n’investit pas dans les activités climaticides. Je vous mets le lien vers le relevé de portefeuille d’un des produits d’Ecofi (1), vous avez l’embarras du choix en ce qui concerne les entreprises qui nous réchauffent, ma préférée c’est quand même Total, un des plus gros exploitants de pipelines, de puits pétroliers, de sables bitumineux et de raffineries au monde. En clair, oui, le Crédit Coop’ finance directement le réchauffement climatique, et c’est cette persistance dans le mensonge qui continue de me choquer.
Enfin, vous parlez du réseau de banques qu’il faut faire tomber, mais prenons le Crédit Agricole, c’est aussi une banque de détail qui rend un service important à la population avec un maillage territorial vaste pour éviter aux gens de prendre leur voiture pour aller à leur banque. Le Crédit Coop’ a un modèle quasi 100% digital, donc adieu le rôle social et local, on dégage les pauvres et les « illelectronisés », tout ça sous couvert de modernité. À mon sens le Crédit Coop’ est plutôt une étape vers la destruction de ce qu’il y avait encore d’intéressant, d’humain dans le réseau bancaire, au bénéfice des actionnaires des banques.
Pour conclure, mon inquiétude est que le marketing de l’éthique a permis de désamorcer la demande de vérité et les questionnements profonds de la population. Il semblerait que ce qui compte pour un consommateur c’est qu’il puisse se dégager de sa responsabilité et qu’on ne le charrie pas quand il sort sa carte bleue, or cette posture consumériste est très facile à absorber par la structure capitaliste. Le Crédit Coop’ l’a très bien compris avec sa recette magique : des frais élevés, un service client à la Free et beaucoup de communication.

(1) Ecofi a depuis, par souci d’opacité, retiré les PDF des relevés de portefeuille de leur site. Pour les lecteurs que ça intéresse, il y en a un sur notre site, en bas de l’article Arnaque éthique au Crédit Coopératif .